Les remakes et remasters sont devenus incontournables dans le paysage vidéoludique. Mais alors que certaines licences multiplient les retours, un ancien de Naughty Dog soulève une question simple : faut-il vraiment refaire des jeux qui n’ont jamais disparu ?
Depuis Uncharted 4: A Thief's End en 2016 et The Lost Legacy l’année suivante, la saga d’aventure du studio Naughty Dog n’a plus accueilli de nouvel épisode. Pourtant, son retour continue d’alimenter les spéculations.
Dès 2021, le journaliste Jason Schreier de Bloomberg informait que Sony avait chargé son studio Visual Arts de travailler sur un remake du premier Uncharted, avant que le projet ne soit finalement réorienté vers le remake de The Last of Us I. En février dernier, une mystérieuse photo de « recherche » publiée sur Instagram par le directeur créatif de Naughty Dog, Shaun Escayg, avait notamment relancé les espoirs des fans. Puis en avril, le journaliste Tom Henderson affirmait dans le podcast Insider Gaming Weekly que des réflexions autour d’un Uncharted 5 avaient bien eu lieu avant la pandémie. Rien n’indique toutefois qu’elles aient débouché sur le projet actuellement développé par Naughty Dog.
« À quoi bon ? » : Uncharted cristallise le débat sur les remakes
Benson Russell, designer sur Uncharted: Drake's Fortune, préférerait en tout cas que Naughty Dog regarde vers l'avenir. Interrogé par FRVR sur l'éventualité d'un remake ou d'un nouveau remaster, il estime que la licence reste encore « dans l'air du temps » et rappelle que les premiers épisodes sont déjà jouables sur les consoles modernes grâce à Uncharted: The Nathan Drake Collection. « À quoi bon le remasteriser ou le refaire ? », s'interroge-t-il. Selon lui, moderniser réellement le premier épisode nécessiterait même de réécrire son histoire au risque d'en modifier l'esprit.

L’ancien développeur souhaiterait donc voir Naughty Dog tirer les leçons d'Uncharted 4 pour créer une nouvelle aventure, éventuellement située dans le passé. À ses yeux, refaire Drake's Fortune donnerait aujourd'hui davantage l'impression d'être « une pompe à fric » qu'une modernisation véritablement nécessaire. Une critique qui dépasse largement le cas d'Uncharted, à une époque où remakes et remasters permettent aux éditeurs de remettre régulièrement leurs anciennes gloires sur le devant de la scène.
Regarder en arrière peut rapporter gros
Derrière cette tendance se cache notamment une réalité économique. Une étude d'Ampere Analysis portant sur 42 de ces relectures modernes (sorties entre 2024 et 2025) estime que les remakes ont généré en moyenne 2,2 fois plus de dépenses consommateurs que les remasters. Le remake implique certes davantage de travail et d'investissement, mais permet aussi de proposer une expérience suffisamment renouvelée pour séduire anciens joueurs comme nouveaux venus.

Capcom en a même fait l'un des piliers de sa stratégie autour de Resident Evil. Le producteur Masachika Kawata expliquait récemment à GameInformer que les remakes permettent de maintenir un rythme de sorties qu'il serait difficile d'assurer uniquement avec de nouveaux épisodes. Surtout, les ressources financières qu'ils génèrent peuvent ensuite contribuer au développement de nouveaux Resident Evil, mais aussi de créations originales comme Pragmata. Le passé peut donc paradoxalement servir à financer la nouveauté.
Faire du neuf avec du vieux
Réduire ces projets à de simples opérations commerciales serait pourtant oublier une autre de leurs fonctions. Shigeru Miyamoto défend ainsi les nombreux remakes de Nintendo comme un moyen de faire découvrir d'anciens titres à de nouvelles générations de joueurs. Des œuvres autrefois liées à une machine et à une époque peuvent ainsi continuer à circuler des décennies après leur sortie.

Le véritable débat se situe donc peut-être moins dans l'existence des remakes que dans la place qu'ils occupent face aux nouvelles créations. Ils permettent de limiter certains risques, de transmettre un patrimoine et parfois de financer des projets inédits, mais reposent toujours sur des succès déjà établis. Le cas Uncharted résume parfaitement ce paradoxe : alors que son premier épisode est toujours accessible et que la franchise reste bien connue, faut-il encore raconter la même aventure ou enfin en imaginer une nouvelle ?