Certains figurants marquent les esprits par leur classe, d’autres par leur côté insupportable. Dans l’univers de The Legend of Zelda, un individu divise la communauté depuis des années maintenant. Mais saviez-vous que cette figure haut en couleur possède sa propre franchise de jeux vidéo complètement loufoque ?
Débarqué en 2000 sur Nintendo 64 dans The Legend of Zelda : Majora's Mask, Tingle était d'abord un simple cartographe excentrique prêt à vous vendre des cartes contre quelques rubis. Mais très vite, son design décalé et sa personnalité borderline ont marqué les esprits. Nintendo a rapidement décelé son potentiel unique. Contre toute attente, le constructeur japonais a décidé d'offrir à cet étrange personnage une série de spin-offs sur Nintendo DS, tous plus insolites les uns que les autres.
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Des rubis, des contes de fées et de la drague lourde
Le premier jeu à voir le jour en Europe s'intitule Freshly-Picked : Tingle's Rosy Rupeeland sur DS. Le pitch est déjà gratiné : un trentenaire ordinaire est transformé en Tingle par le Dieu des Rubis et doit accumuler une fortune phénoménale pour atteindre le "Rubiland", un paradis terrestre. Le jeu propose une satire grinçante du capitalisme et des codes habituels du jeu d'aventure. Derrière ses graphismes colorés, le titre distille une ambiance poisseuse et dérangeante, où chaque interaction sociale s'achète avec de l'argent.


Mais la véritable bizarrerie reste Freshly Picked : Tingle's Rosy Rupeeland 2, un épisode sorti uniquement au Japon en 2009. Dans ce jeu inspiré du Magicien d'Oz, Tingle se retrouve aspiré dans un livre. Pour revenir dans le monde réel, il doit séduire plusieurs femmes en leur offrant des cadeaux et en trouvant les bons mots avec des punchline bien malaisantes. Le joueur doit alors charmer ses prétendantes, un concept particulièrement perturbant... d’autant qu’on incarne un homme mûr en collant vert.
En plus de ces deux grands jeux, la série comprend d'autres petits titres surprenants. On pense notamment à "Too Much Tingle Pack", une application DS regroupant des outils absurdes comme une calculatrice Tingle ou un générateur de tirages au sort. Même si ces projets annexes restent anecdotiques, ils prouvent que l'éditeur nippon n'a eu aucune peur d'associer l'image de sa franchise star Zelda à des expériences totalement décalées et expérimentales.

Deux salles, deux ambiances : le mystère de l'amour nippon pour Tingle
Pour comprendre comment Tingle a pu obtenir ses propres jeux, il faut se pencher sur la culture japonaise du "Kimo-kawaii", traduit littéralement par "bizarre-mignon". Au Japon, les personnages grotesques, décalés ou visuellement perturbants rencontrent très souvent un succès fou. Tingle incarne parfaitement ce concept. Son obsession pour la jeunesse éternelle et son refus de grandir résonnent comme une caricature du phénomène des adultes refusant le moule de la société.
En Occident, la pilule n'est absolument pas passée. Son design est perçu comme franchement dérangeant, frôlant le malaise culturel. Cette réaction a été si forte que les représentants américains de Nintendo ont souvent refusé de localiser ses jeux solos, convaincus que le public occidental bouderait massivement ces aventures réservées à un public réceptif.

Au-delà du simple aspect visuel, c'est toute la philosophie des jeux Tingle qui dérange la vision occidentale de la licence Zelda. Alors que Link incarne le courage pur, Tingle ne bouge pas le petit doigt sans une poignée de rubis. Pourtant, avec le recul, ces titres méconnus constituent une prise de risque artistique de la part de Nintendo. Qu'on l'adore ou qu'on le déteste, Tingle aura réussi l'impossible : transformer un personnage secondaire insupportable en héros de jeux cultes et absolument inoubliables.