Les défauts de Super Mario Sunshine : Entre nostalgie et critiques sur la conception du jeu

Titre original : Pourquoi Super Mario Sunshine est-il autant mal aimé ? J’ai beau l’adorer, je ne peux qu’être d’accord avec ces reproches…

Depuis le 13 août dernier, Super Mario Sunshine a fait son entrée dans le catalogue des jeux vidéo GameCube du Nintendo Switch Online + Pack additionnel (uniquement sur Nintendo Switch 2). Pour toute une génération, ce fut le premier jeu vidéo Mario en 3D. Ça a d’ailleurs été le cas pour ma part, et c’est peut-être pour ça que Super Mario Sunshine conserve une aura estivale inimitable à mes yeux. Pourtant, avec le temps et derrière la nostalgie de l’île Delfino, j’ai découvert que les avis n’étaient pas forcément unanimes et que le titre traînait des défauts qu’une partie des joueurs n’a jamais totalement pardonnés.

Aaaah, la GameCube ! Encore aujourd’hui, je me rappelle encore la transporter lors des repas de famille, plus particulièrement lorsqu’elle a rejoint ma collection en compagnie du fameux Super Mario Sunshine et d’autres titres comme Super Smash Bros. Melee. Entre le fromage et le dessert, j'installais la console dans le salon, impatiemment de reprendre ma partie où je l’avais laissé quelques heures plus tôt. Pour le jeune joueur que j'étais, quitter les rails de la 2D des épisodes sur Game Boy Color et Advance pour cette aventure insulaire relevait du pur enchantement.

Obnubilé par la PlayStation et son catalogue, la Nintendo 64 n’a jamais fait la route jusque chez moi, et Super Mario 64 non plus. Effectivement, de ce point de vue, Super Mario Sunshine était une expérience inoubliable. Et puis, il y avait ce concept central qu’est l’utilisation de J.E.T. tout au long de l’aventure. Rien que ça, ça fait son petit effet. D’autres exemples me viennent en tête quand je ferme les yeux. Comment oublier l'introduction avec Mario derrière les barreaux, l’apparition d’Anti-Mario, les caries d'Anguy à récurer, le combat contre le Méga Bloups ou la plage de Gelato-les-Flots ou Sirena, en face de l’hôtel Delphino ?

Pourquoi Super Mario Sunshine est-il autant mal aimé ? J’ai beau l’adorer, je ne peux qu’être d’accord avec ces reproches…

À l’époque, le plaisir d’y jouer et même de recommencer l'aventure de zéro quand l’envie me prenait était intact. Pour autant, si elle adoucit les souvenirs, la nostalgie n'explique pas tout. Avec le recul et l'expérience, j’ai appris à avoir un autre regard sur Super Mario Sunshine, et il est vrai qu’il est impossible d'occulter les défauts majeurs de cet épisode, même si je le porte autant dans mon coeur.


De petits défauts qui soulignent un développement sous haute tension pour Super Mario Sunshine

Pour mieux comprendre les petits détails qui viennent entacher l’expérience de Super Mario Sunshine, il faut remettre un peu de contexte et, surtout, rappeler que le jeu porte en lui les stigmates d'une conception précipitée. Sous la pression de Sony et de sa PS2, Nintendo a bouclé le chantier en 18 mois seulement, contre trois ans pour Super Mario 64.

Conçu par Yoshiaki Koizumi, le titre devait initialement être un jeu de gestion de crises urbaines où le maire confiait à Mario des missions de nettoyage. Ce n'est qu'à l'approche du terme que l'équipe a fait un virage à 180 degrés pour plaquer la formule plateforme classique. Producteur et directeur voulaient même abandonner le Royaume Champignon pour un réalisme hôtelier, envisageant un héros humain avant que Shigeru Miyamoto n'oppose son veto.

Pourquoi Super Mario Sunshine est-il autant mal aimé ? J’ai beau l’adorer, je ne peux qu’être d’accord avec ces reproches…

Du côté de l’étape fatidique de la commercialisation, la douche froide fut brutale malgré un départ canon. Aux États-Unis, le jeu s'est écoulé à plus de 350 000 unités en 10 jours en août 2002, surpassant les débuts de Halo ou GTA III et boostant les ventes de GameCube de 50 %. L’aura de Mario et Nintendo a clairement fait son effet, mais le soufflé est vite retombé.

Avec 5,91 millions d'exemplaires dans le monde, il devient le 3e jeu le plus vendu de la console, mais reste très loin des 11,91 millions de Mario 64 ou des 12,8 millions de Galaxy. C’est surtout sur les terres japonaises que la réception a été la plus rude pour Super Mario Sunshine (789 989 unités), au point de sceller son sort et pousser Satoru Iwata à admettre publiquement lors de l'E3 2003 que les objectifs n'étaient pas atteints.


La maniabilité de Super Mario Sunshine en a fait enrager plus d’un

Mais alors, qu’est-ce qui n’allait pas avec Super Mario Sunshine malgré ses très bonnes notes ? Qu’est-ce que je n’arrivais pas à avoir à l’époque au sujet de ces défauts qui agaçaient une partie des fans du plombier ? Eh bien, en ce qui concerne la prise en main et les contrôles à la manette, Super Mario Sunshine est une expérience aussi grisante que punitive. Et en y repensant, il est vrai que les portions très axées sur les phases de plateformes — je ne sais pas pourquoi, mais j’ai immédiatement pensé à l’Oiseau de Sable légendaire —, pouvaient facilement nous mettre les nerfs en pelote à cause des déplacements de Mario.

Pourquoi Super Mario Sunshine est-il autant mal aimé ? J’ai beau l’adorer, je ne peux qu’être d’accord avec ces reproches…

Contrairement à la progression fluide des autres opus, l’inclinaison du joystick propulse immédiatement Mario à sa vitesse maximale. Couplée à une glissade prolongée lors des arrêts, cette espèce d’hyper-sensibilité donne l'impression de contrôler une savonnette sur laquelle la moindre pression trop appuyée peut s’avérer fatale. Pour ne rien arranger, les développeurs ont supprimé le saut en longueur et le salto arrière accroupi, tout en verrouillant le saut mural si l'on vient d'utiliser J.E.T.

L'ajout de l’aérobuse illustre parfaitement ce tiraillement dans les choix de gameplay de la part des développeurs. Destiné à être la récompense ultime du jeu, cette fonctionnalité de J.E.T. a été placé d'entrée comme un filet de sécurité pour aider les joueurs ayant du mal avec la profondeur 3D du jeu. Résultat : ce choix a cassé l'exigence pure de la plateforme, comme c’était le cas dans Super Mario 64, et dénaturé le level design de Super Mario Sunshine.


Des choix de conception qui rendent les vacances de Mario bien éprouvantes…

Je l’évoquais succinctement en début de papier, mais ce qui était frustrant avec Super Mario Sunshine, c’était les choix de conception de certains niveaux. Parmi ceux qui y figurent, quelques-uns relèvent du pur parcours du combattant.

Il y a le niveau « Insatiable Yoshi » de Port-Ricco où on doit utiliser Yoshi pour former des plateformes en aspergeant des poissons de nectar. On peut aussi citer le niveau caché sous une arche de l’île Delfino qui ressemble à un pachinko en bois où l’on doit collecter des pièces à des endroits précis tout en étant soumis à la gravité et, surtout, à des courants d’air hyper crispants.

Pourquoi Super Mario Sunshine est-il autant mal aimé ? J’ai beau l’adorer, je ne peux qu’être d’accord avec ces reproches…

Et puis, on pense également au tuyau au large de l’île Delphino dont on doit débloquer l’accès en emmenant Yoshi de barque en barque pour ensuite participer à une espèce de glissade sur un nénuphar, ou encore les plaques rotatives du niveau « Le secret du casino » où l’on doit recomposer un soleil, tout en dosant judicieusement le jet d’eau avec la gâchette adaptative…

Chacun a bien évidemment ses exemples, mais Super Mario Sunshine montre à plusieurs reprises qu’il y a eu des décisions et des ajustements effectués dans la précipitation. Ou du moins, avec moins de soin que dans les précédentes productions. Et puis, il y a des défis qui sont parfois mal pensés, à l’image de la chasse aux 240 pièces bleues, véritable point de rupture pour certains.

Pourquoi Super Mario Sunshine est-il autant mal aimé ? J’ai beau l’adorer, je ne peux qu’être d’accord avec ces reproches…

Il faut rappeler que cette collecte représente l’acquisition de 20 % des Soleils du jeu, et Super Mario Sunshine n’offre aucun suivi de progression dans les menus, ne serait-ce que pour nous indiquer si quelques-unes d’entre elles se trouvent encore cachées dans tel ou tel niveau. À une époque où les guides n’étaient pas autant répandu, c’était parfois une corvée. Et pour gâcher le plaisir, chaque ramassage coupe net l'action avec un écran de sauvegarde intrusif.

Alors oui, on se réjouit de voir apparaître Super Mario Sunshine dans le Nintendo Switch Online + Pack d’additionnel, mais c’est aussi un rappel — c’était déjà le cas lors de la sortie de la compilation 3D All-Starsqu’il détient un charme fou qui ne parvient pas totalement à dissimuler ses défauts les plus frustrants.