Dans sa stratégie de reconquête de la presse (et des joueurs) après la désillusion Saturn, SEGA organise le 27 mai 1998 une conférence pré-E3 qui a un objectif pour le moins complexe. Le constructeur doit prouver qu’il a compris les erreurs commises avec la Saturn. La manière d’y parvenir est restée dans les annales.
Avant les vidéos de jeux vidéo : les conférences en direct et en public
Si aujourd’hui, les conférences estivales de nos constructeurs favoris ne sont que de grosses vidéos présentant les projets les plus gros qu’il y a en stock, cela n’a pas toujours été le cas. Avant les séquences enregistrées, il y avait les “press briefings” en direct orchestrés devant des journalistes venus du monde entier. Des événements pas toujours réglés au millimètre où les imprévus étaient légion, et où les intervenants en faisaient parfois un petit peu trop. À la fin des années 1990 et au début des années 2000, ces conférences n’étaient pas vraiment rythmées par des bandes-annonces impressionnantes. La plupart du temps, les dirigeants se succédaient pour parler stratégie et chiffres.
Bien avant que ces événements normalement réservés aux professionnels ne deviennent des relais d’information destinés au grand public, il n’était pas rare d’assister à des choses plus ou moins loufoques. Bien sûr, tout le monde se souvient de la conférence E3 2010 de Konami, tellement perchée qu’elle sera la dernière – en direct – du constructeur. Quelques années plus tôt, en 2001, la Xbox de Microsoft ne s’allumait pas devant un auditoire médusé, engendrant un des moments les plus gênants de la vie de Robbie Bach (le Chief Xbox Officer de l’époque). Bref, les conférences E3 d’antan, c’était quelque chose !
Pour vendre sa Dreamcast, SEGA se moque de son pire ennemi : lui-même
Le 27 mai 1998, l’E3 ne s’est pas installé à Los Angeles, mais à Atlanta. Cette année-là, SEGA ouvre le bal. Bien sûr, les journalistes de l’époque sont impatients d’en apprendre plus sur la Dreamcast, la future console de jeux que le constructeur a officiellement dévoilé une semaine plus tôt au Japon. Malheureusement pour eux, ce n’est pas vraiment le programme du géant. À la fin, les sites présents seront tellement déboussolés qu’ils ne se mettront même pas d’accord sur la temporalité des événements. IGN dira que le show s’est ouvert sur “une démonstration technologique assez médiocre” de Bernie Stolar, le patron de Sega of America, alors que GameSpot dira que la conférence a débuté avec Kevin Nealon, de l'émission Saturday Night Live.

Peu importe qui a commencé ce press briefing, ce qu’il faut retenir, c’est que oui, SEGA a engagé un comédien, Kevin Nealon, pour présenter une parodie du “Weekend Update” du Saturday Night Live. Après plusieurs blagues sur l’administration Clinton, Nealon s’intéresse au monde du jeu vidéo… et il s’en prend à la victime idéale : SEGA ! Dans le livre L’histoire de la Dreamcast, la dernière console de SEGA (Third Edition), Oscar Lemaire cite quelques extraits de ce show farfelu. Parmi eux, il y a le moment où le présentateur explique que “des 32X ont été découverts dans les tombeaux sous les pyramides”, ce qui devrait vous rappeler la légende (finalement vraie) des cartouches E.T enterrées dans le désert. Comme le précise l’auteur, ces moqueries envers SEGA lors d’un événement estampillé SEGA étaient "une manière intelligente" de dire que le groupe avait compris les raisons de ses échecs afin de ne plus les reproduire.

Les promesses n’engagent que ceux qui y croient
Malheureusement, aujourd’hui, il est quasiment impossible de retrouver l’intégralité de la chronique de Kevin Nealon. À notre connaissance, il n’existe pas de vidéo de cette conférence, ni de compte rendu détaillé de tout ce qui a été dit. Nous savons juste que Bernie Stolar s’est contenté de répéter ce que tout le monde savait déjà sur la Dreamcast, et que le clou du spectacle était la présentation d’un mystérieux shoot via une vidéo promise en temps réel. L’Histoire du jeu vidéo prouvera qu’il s’agissait en fait de précalculé, mais qu’importe que Bernie nous ait bernés : SEGA avait réussi son audacieux numéro d’autocritique.