Découvrir un mécène fortuné prêt à financer la suite de son jeu vidéo préféré sans rien demander en échange ressemblait jusqu’ici à une légende urbaine. C’est pourtant l’histoire folle qui entoure l’annonce de ‘‘‘Thimbleweed Park 2’’’, officialisé près de dix ans après le premier volet.
L'industrie du jeu vidéo nous a habitués aux campagnes de financement participatif record, aux rachets de studios par des géants de la tech ou aux contrats d'édition parfois asphyxiants. Mais l'histoire de la création de la suite de Thimbleweed Park sort totalement des sentiers battus. Ron Gilbert, créateur de légendes du point-and-click comme The Secret of Monkey Island ou Maniac Mansion, vient d'officialiser la production de ce nouveau volet prévu pour début 2028. Un projet qui n'aurait jamais pu voir le jour sans l'intervention improbable d'un fan fortuné.

Refuser la dictature des éditeurs
Trouver un modèle économique équitable relève souvent du parcours du combattant pour les créateurs indépendants. Après le succès du premier épisode sorti en 2017, qui avait récolté plus de 620 000 dollars sur Kickstarter pour un budget total d'environ un million de dollars, Ron Gilbert souhaitait explorer d'autres options. Les éditeurs traditionnels ont rapidement manifesté leur intérêt, mais leurs exigences financières se sont avérées inacceptables aux yeux du concepteur américain.
Dans une interview accordée au journal Bloomberg, Ron Gilbert|sponsored=false explique les raisons de son blocage envers l'édition classique :
Je n'ai rien contre le fait qu'un éditeur récupère son investissement. Le problème, c'est qu'une fois qu'il est rentré dans ses frais et qu'il n'a plus aucun risque, il continue de vouloir la majorité des revenus. Ou alors, il y a des clauses complètement ridicules, comme le fait de ne rien toucher à moins que le jeu ne soit un énorme carton. J'ai toujours trouvé cela injuste.
Ne voulant ni repasser par la case crowdfunding ni signer un contrat jugé léonin, le projet semblait au point mort. C'est alors qu'un intermédiaire a changé la donne.

Le retour du mécénat artistique
Un simple coup de fil a fait basculer le destin de la franchise. Un ami proche de Ron Gilbert l'a contacté pour lui indiquer qu'il connaissait un passionné de point-and-click, extrêmement fortuné et grand admirateur du premier opus. Cet investisseur privé, qui a souhaité conserver un anonymat strict, cherchait tout simplement à financer une suite pour le plaisir de pouvoir y jouer.
Initialement sceptique face à ce qui ressemblait à un mirage, Ron Gilbert a préparé un budget réaliste et supérieur au million de dollars du premier jeu, intégrant l'inflation et une juste rémunération de l'équipe sur deux ans de développement. Le mystérieux mécène a validé la proposition sans hésiter.
Une équipe culte pour un projet atypique
Les nostalgiques de l'âge d'or du jeu d'aventure peuvent jubiler. L'équipe originale sera presque entièrement reconstituée pour ce nouveau titre, incluant Gary Winnick, David Fox, Mark Ferrari, Octavi Navarro et Robert Megone. Côté scénario, Ron Gilbert précise que ce nouveau volet ne sera ni vraiment une suite, ni vraiment une préquelle, conservant ainsi une part de mystère fidèle à l'ambiance étrange de la petite ville de Thimbleweed Park.
Le jeu est déjà confirmé sur PC, Mac, Linux ainsi que sur Nintendo Switch. Si le genre du point-and-click reste une niche, la rentabilité continue du premier titre qui génère toujours des ventes près de dix ans après sa sortie prouve que le public répond présent quand la qualité est au rendez-vous.