Quand la stratégie de Xbox imaginée par Phil Spencer a commencé à montrer ses limites, on a souvent entendu que le groupe américain suivait le chemin de SEGA. Il faut reconnaître que l’on retrouve quelques similitudes, notamment dans la manière dont les équipes de SEGA of America ont été traitées pour “reconstruire” la marque.
Avant la Dreamcast, le reset de SEGA
Dans la deuxième partie des années 1990, SEGA, ce n’est plus aussi fort que ça. Les succès de la Master System et de la Mega Drive semblent bien loin : les échecs consécutifs du Mega-CD et de la 32X sont dans tous les esprits pendant que la Saturn se prend une dérouillée par la jeune PlayStation de Sony. Cela mène à une fuite de certains éditeurs tiers ainsi qu’à des relations qui se tendent avec des revendeurs et des joueurs pour qui SEGA rime désormais avec “cata”.
En 1997, un certain Bernie Stolar, un ancien de PlayStation, devient le directeur des opérations de Sega of America après le départ de Tom Kalinske. Dès son arrivée, il estime que la planète Saturn n’est plus qu’un boulet pour la marque au hérisson bleu, et les boulets, il faut savoir s’en débarrasser. Pour lui, il est important d’effectuer une sorte de reset afin de repartir sur des bases saines. Le but ? Préparer l’arrivée de la future console de SEGA, la Dreamcast, sans avoir à regarder dans le rétroviseur.

Saturn : le “grand ménage” pour tourner la page
Ayant travaillé chez PlayStation, Bernie Stolar joue au petit jeu des comparaisons. Et il y a un point en particulier qu’il ne comprend pas. Comment SEGA of America peut avoir des effectifs supérieurs à ceux de PlayStation alors que PlayStation bat SEGA dans la “guerre des consoles” ? C'est là que commence le grand ménage. De son propre aveu, Stolar se sépare de seniors et des équipes marketing, faisant passer les effectifs de 300 à seulement 90 personnes.
Stolar n’éprouve aucune compassion envers les équipes dont il se sépare. “Je ne pense pas qu'ils aient eu la capacité de se montrer à la hauteur et de devenir des gagnants. Je ne travaille qu'avec des gagnants”, explique-t-il chez ArcadeAttack. “Je sentais que certains manquaient d'efficacité dans leur travail. J'ai viré la plupart d'entre eux, puis j'ai voulu reconstruire les effectifs”, lit-on dans L’histoire de la Dreamcast, la dernière console de SEGA (par Oscar Lemaire, Third Edition). Pour quelqu’un qui est parti de chez PlayStation par peur de se faire renvoyer manu militari, on ne peut pas dire que Stolar soit un modèle de mansuétude.

On est tous le perdant d’un autre
Bien sûr, Bernie Stolar n’est pas l’unique responsable des licenciements chez SEGA à cette époque, puisque la maison mère traversait une restructuration financière générale. Ironie de la situation, le boss de Sega of America a été remercié avant la sortie de la Dreamcast. En effet, en août 1999, Bernie Stolar annonce qu’il quitte le groupe. Officiellement, pour des “divergences d’opinion” avec Isao Okawa, le boss de SCSK, conglomérat japonais alors actionnaire majoritaire de SEGA. Les tensions entre les divisions américaines et japonaises de la firme au hérisson bleu ont fait une nouvelle victime. Peut-être que Isao Okawa n’a pas vu en Bernie Stolar un gagnant ?