Pourquoi certains joueurs peuvent-ils passer des centaines d’heures à explorer chaque recoin d’un monde ouvert quand d’autres préfèrent recommencer vingt fois le même boss ? Derrière nos préférences vidéoludiques pourraient se cacher des motivations et des besoins psychologiques très différents. Des chercheurs sont même parvenus à identifier plusieurs profils de personnalité parmi les joueurs.
Cela résonne-t-il si, lorsque vous dites que vous aimez The Witcher 3, on vous réponds que vous cherchez peut-être avant tout à vous évader d’un quotidien stressant ? Que si vous préférez vous réfugier dans Elden Ring, c’est peut-être pour retrouver un sentiment de compétence et de contrôle ? Ou encore que derrière vos soirées (nuits) sur World of Warcraft se cache peut-être avant tout une recherche de lien et d’appartenance ?
Bien sûr, nos jeux préférés ne constituent pas un diagnostic et ne suffisent pas à révéler notre profil psychologique. Mais si tous les joueurs prennent la manette pour se divertir, ils n’y cherchent pas forcément la même chose. Une étude menée auprès de près de 15 000 joueurs a justement tenté de mettre de l’ordre dans ces différentes motivations en développant l’Inventaire des motivations de jeu (Gaming Motivation Inventory, GMI).
Acheter The Witcher 3 : Wild Hunt sur PS5 chez Amazon
Derrière le plaisir de jouer, des besoins bien différents
Que venons-nous réellement chercher lorsque nous jouons, et pourquoi une expérience peut-elle nous captiver pendant des centaines d’heures quand elle laisse d’autres joueurs complètement indifférents ? Pour tenter d'y répondre, des chercheuses et chercheurs en pychologie ont identifié 26 motivations de jeu , réparties en six grandes familles. Ces catégories ne sont toutefois pas totalement hermétiques : certaines motivations se retrouvent dans plusieurs d’entre elles. Les six familles doivent donc plutôt être comprises comme de grandes axes, constitués à partir des motivations qui avaient statistiquement le plus tendance à aller ensemble.
La compétition, que peuvent illustrer Valorant ou Counter-Strike 2, va ainsi au-delà du simple plaisir de gagner : le GMI y retrouve notamment un besoin de statut et reconnaissance. Le jeu peut devenir un endroit où rendre sa réussite visible et faire reconnaître ses capacités. Cela pourrait aussi répondre à un besoin de validation extérieure, de se positionner par rapport aux autres ou de disposer de preuves concrètes de sa propre valeur.
Crédits : Valorant (Riot Games)

Cette recherche de gratification ne passe toutefois pas nécessairement par le regard des autres. La stimulation, particulièrement élevée chez les amateurs de FPS, Battle Royale et jeux d'action-aventure dans l'étude, correspond davantage à une recherche de sensations et d'intensité. DOOM Eternal ou Call of Duty peuvent ainsi répondre au besoin de ressentir rapidement de l'excitation, de la tension et de maintenir un niveau élevé d'engagement. Cette attirance pourrait aussi traduire une plus faible tolérance à l'ennui ou au calme, le jeu permettant alors de combler un manque de stimulation dans le quotidien en procurant immédiatement action, rythme et sensations.
Crédits : World of Warcraft (Blizzard)

Pour d’autres joueurs, ce sont justement les autres qui occupent une place centrale. La dimension sociale, facilement illustrée par World of Warcraft ou Final Fantasy XIV Onine, est associée à la sociabilité et englobe notamment coopération et interactions. Le jeu peut devenir un moyen de créer ou entretenir des liens et de trouver sa place auprès des autres. Cette recherche pourrait aussi répondre à un besoin d'appartenance, de reconnaissance ou de connexion sociale moins satisfait ailleurs, en offrant un environnement dans lequel il est possible de se sentir utile et reconnu au sein d'un groupe.
Et si le jeu venait aussi combler ce qui nous manque ?
Mais le jeu ne sert pas uniquement à rechercher performance, sensations ou interactions. Certaines motivations peuvent aussi être envisagées sous un autre angle : celui de ce que l’expérience vidéoludique permet de retrouver ou de mettre temporairement à distance.
La maîtrise peut facilement illustrer l'attrait d'un Elden Ring ou d'un Hollow Knight: Silksong, et révèle avant tout une recherche de contrôle et de progression. Le plaisir vient notamment du sentiment d'avancer, de réussir et de constater que l'on devient meilleur. Cette recherche pourrait aussi venir combler quelque chose de moins présent dans son quotidien : retrouver confiance en soi et en ses capacités, se sentir efficace dans un environnement où les règles sont claires et où leurs actions produisent des résultats tangibles, lorsque leur vie réelle leur donne au contraire davantage le sentiment de subir les événements ou de manquer de prise sur eux.
Crédits : Hollow Knight: Silksong (Team Cherry)

L’immersion, quant à elle, offre plutôt la possibilité de s’extraire momentanément du réel. Cette famille regroupe plusieurs motivations : se plonger dans un univers imaginaire, expérimenter une autre identité, utiliser le jeu pour gérer certaines émotions ou simplement chercher à s’évader du quotidien. Se perdre dans The Witcher 3 ou Red Dead Redemption 2, ou plus généralement dans des RPG, peut donc permettre de prendre momentanément de la distance avec ce qui pèse dans la vie quotidienne. Cette recherche d’immersion pourrait ainsi traduire un besoin de refuge ou de déconnexion, notamment lorsque la réalité paraît trop stressante, le jeu offrant alors un espace dans lequel mettre temporairement ses préoccupations à distance.
Crédits : Red Dead Redemtion 2 (Rockstar

Enfin, lorsque le jeu ne sert plus vraiment à se dépasser ni même à s’évader, une dernière motivation apparaît. L’habitude/ennui regroupe l’ennui et le manque de motivation : on ne lance alors plus nécessairement un jeu pour relever un défi ou vivre une aventure, mais parfois simplement parce qu’on ne sait pas quoi faire d’autre. Cette pratique pourrait traduire une faible tolérance à l’ennui ou un besoin constant d’occupation, le jeu venant remplir automatiquement les moments où rien d’autre ne sollicite leur attention. Une partie de Candy Crush lancée machinalement peut ainsi servir à combler le vide, éviter de rester seul avec ses pensées ou rechercher immédiatement une nouvelle stimulation dès que l’ennui s’installe.
Et vous, qu'allez-vous réellement chercher lorsque vous lancez votre jeu préféré ?