Alors qu’Asobo Studio prépare doucement le terrain pour l’avenir de sa franchise phare, le passé de l’un de ses personnages les plus marquants refait surface. Avec Resonance, le studio bordelais choisit d’isoler la trajectoire de la contrebandière Sophia pour un récit plus intime et mythologique.
Après les mésaventures d’Amicia et d’Hugo dans les deux premiers épisodes de la franchise avec A Plague Tale : Innocence (2019) et A Plague Tale : Requiem (2022), Asobo Studio change totalement d’angle avec Resonance : A Plague Tale Legacy . J'ai eu le plaisir d'y jouer pendant plusieurs jours, notamment sur PlayStation 5. Après une quinzaine d'heures de jeu sans le moindre problème technique ni bug, je vous partage mes impressions sur la préquelle d'une franchise qui me tient à cœur depuis ses débuts.
Sophia, la pierre angulaire de cette nouvelle préquelle
L’intrigue se déroule en 1334, soit quinze ans avant les événements de A Plague Tale : Requiem. Exit les enfants de la famille de Rune : on y incarne désormais Sophia, la contrebandière intrépide bien connue des fans du second opus. Dans Resonance, nous découvrons une héroïne bien plus jeune. Traquée, déterminée à fuir son passé, elle reste hantée nuit et jour par des visions mystérieuses. Ce sont d'ailleurs ces dernières qui la poussent à chercher des réponses. Une quête de vérité qui l'attire irrémédiablement vers une île liée à la civilisation minoenne, où repose un mal endormi depuis plusieurs millénaires.
Avant de voguer en solo, la jeune femme appartient à une bande de pillards. Le groupe était initialement dirigé par son père biologique, Alec, jusqu'à ce qu'il trouve la mort sur cette fameuse île. C’est donc Faro, l’un des meilleurs amis de son père, qui prend le relais et fait office de figure paternelle durant son adolescence. La bande n'a qu'une idée en tête : mettre la main sur le trésor perdu de l’île du Minotaure. Mais cette quête obsessionnelle va apporter son lot de tragédies à notre contrebandière en herbe. Sans trop en dévoiler sur les événements qui la conduisent sur place pour vous préserver la surprise, le chemin s'annonce particulièrement difficile et parsemé d'embûches.

Une fois le pied posé sur cette terre antique, les ennuis ne font que commencer. Sophia doit échapper à une armée lancée à ses trousses, elle aussi bien décidée à s'emparer du trésor d'une valeur inestimable et surtout pour comprendre les origines de ses visions. Pour ne rien arranger, il lui faut braver la menace d’une créature mythologique tapie dans les profondeurs de l’île.
Deux personnages, deux histoires...
Le récit de Resonance : A Plague Tale Legacy repose sur une dynamique de double temporalité particulièrement bien exploitée. Sophia interagit avec les vestiges de la civilisation minoenne, dirigée à l'époque par le roi Minos, grâce à une sphère antique. Mis au point par le célèbre architecte Dédale, cet artefact capable de manipuler la lumière infléchit directement le présent. Ces échos révèlent ainsi le lien indéfectible entre l'histoire antique de l’île et l'héritage maudit qui poursuit l'héroïne.

Pour profiter pleinement de cette expérience, un détour par la mythologie grecque s'impose. Mieux vaut se plonger dans les récits entourant le Labyrinthe et le Minotaure de Crète avant ou après votre partie. Je vous conseille des ouvrages comme "Ariane", écrit par Jennifer Saint et paru en 2023, qui apportent une épaisseur bienvenue aux événements dépeints par les développeurs. L'équipe d’Asobo s'est en effet grandement inspirée des mythes et des écrits antiques pour construire le cadre de cette aventure.

Concrètement, le titre fait constamment alterner le joueur entre deux époques distinctes. La malédiction de Sophia provoque chez elle des visions d'événements vieux de plusieurs millénaires. Or, il ne s'agit pas de simples flash-back passifs : la conscience de la jeune femme est littéralement transposée dans le passé, lui faisant ressentir chaque instant comme si elle y était.

C'est là que le titre abat sa plus grande carte. Le gameplay s'articule autour d'une alternance régulière entre deux protagonistes : Sophia dans le présent et Thésée dans le passé. Cette double incarnation s'impose rapidement comme la véritable force narrative du jeu, tant les séquences dans la peau du héros antique font progresser l'intrigue avec brio. Une mécanique tellement éfficace que j'en venais presque à en réclamer davantage !
Un jeu d’aventure narratif plombé par son action…
Resonance : A Plague Tale Legacy tranche radicalement avec l’héritage des premiers opus. Fini l'apprentissage douloureux aux côtés d’Amicia et d’Hugo, place à une aventure nettement plus orientée vers l'action assumée. Il faut dire que le contraste a de quoi interpeller : là où les deux premiers épisodes misaient sur la vulnérabilité de leurs protagonistes pour installer une tension permanente, cette préquelle fait le pari du dynamisme. Un changement de cap audacieux, mais qui peine malheureusement à trouver le bon équilibre.

L'explication tient en grande partie au profil de la nouvelle héroïne. On nous présente Sophia comme une pillarde déjà rompue aux méthodes musclées, évoluant dans un milieu où la violence et le vol sont monnaie courante. Le problème, c'est que cette posture peine à se traduire manette en mains. Contrairement à la progression organique du duo original, l’évolution de la jeune femme manque cruellement de relief, et c'est clairement ce qui m'a le plus déranger tout au long de mon aventure.

Pourtant présentée comme une novice effectuant ses premières armes sur le terrain dès les premiers chapitres, la contrebandière dispose de la quasi-totalité de ses mouvements et de son équipement au début de l'aventure. Les rares variations de compétences débloquées (grâce à un petit arbre de compétences) par la suite ne suffisent pas à renouveler l'expérience. Au final, on ne ressent jamais la fragilité attendue chez une adolescente, ou une jeune adulte, confrontée à des situations mortelles, ce qui affaiblit considérablement l'impact émotionnel des affrontements. Je précise bien que je ne parle que des phases de combat ou ce sentiment était présent, dans les autres phases proposées par le jeu on ressent de nouveau la fragilité de Sophia, ce qui amène un contraste déroutant par moment.

En abordant seulement les sensations, le bilan s'avère tout aussi mitigé. Les phases de combat souffrent d'une rigidité marquée, incarnée par des animations datées et un système de verrouillage des adversaires particulièrement capricieux. La boucle de gameplay se résume trop souvent à alterner entre coups basiques et parades simplistes pour déstabiliser les gardes. Une formule théoriquement séduisante, mais plombée par une exécution imprécise.

Pour accentuer ce virage vers l'action, les équipes de développement ont malheureusement eu la main lourde sur la quantité d'ennemis. Les vagues d'adversaires s'enchaînent parfois jusqu'à l'overdose, à l'image d'une séquence particulièrement indigeste que j'ai pu faire dans l'un des chapitres du jeu où il faut terrasser plus de 40 adversaires à la suite. Une surenchère qui risque de diviser les fans de la licence.
Des idées de gameplay au service de la narration
Si le virage vers l'action pourra diviser les joueurs, la préquelle d'Asobo Studio retrouve des couleurs dès qu'elle se recentre sur ce qu'elle fait de mieux : l'exploration, le fait de raconter une histoire et une ambiance asphyxiante. Heureusement, ce nouvel opus de la saga A Plague Tale ne se limite pas à un simple enchaînement d'affrontements. Malgré la volonté évidente du studio de dynamiser l'expérience, le jeu consacre une grande partie de sa progression à la réflexion, entre la résolution d'énigmes ou de pièges environnementaux à déjouer et la découverte des mystères qui sont endormis sur l'île de Crète.

Sur ce point, la narration sert à merveille le gameplay. Sophia se retrouve rapidement en possession d'une mystérieuse sphère antique, un artefact indispensable pour s'enfoncer dans les entrailles de l'île. Très bien pensée, cette mécanique s'articule entièrement autour de la manipulation de la lumière pour débloquer les passages les plus complexes. La lumière s'impose d'ailleurs comme l'élément de gameplay le plus important du titre. Qu'il s'agisse du scénario, des phases d'exploration ou même de certains affrontements, cette idée s'imbrique parfaitement avec tous les pans abordés dans le jeu.

L'aventure gagne en fluidité dès que les armes se taisent, laissant place à l'inspection de ruines antiques et à la découverte de secrets enfouis. Mais cette promenade historique ne se fait pas en solitaire : Sophia doit constamment composer avec la présence du "gardien" mythologique de l'île, votre plus grande menace. À noter que Resonance : A Plague Tale Legacy est un jeu linéaire au format couloir, offrant très peu de liberté d'exploration. En dehors de quelques rares embranchements secondaires permettant de dénicher des objets de collection, le titre vous guide sur des rails d'un bout à l'autre de l'aventure avec quelques murs invisibles parfois frustrants.

Cette créature colossale vous accompagnera sur une très grande partie de votre périple. Au fil des heures, ce monstre emblématique devient presque un compagnon de route forcé, au fil de séquences répétées du chat et de la souris. Ce face-à-face permanent finit hélas par créer une vraie lassitude, la faute à une structure qui tourne parfois à vide. En déclinant la même mécanique d'infiltration sans renouveler suffisamment les interactions avec le monstre, les développeurs ont une fois de plus eu la main un peu lourde sur la répétition des situations. Mais à la différence des combats, ces séquences sont pour la majorité très bien réalisées et cohérentes avec le récit que l'on nous raconte.

Un dépaysement aussi bien visuelle que sonore !
L’un des éléments les plus frappants dans Resonance : A Plague Tale Legacy, c’est la fidélité à ce qui fait l’ADN de la franchise : une direction artistique visuelle et sonore de grande qualité. Qu’on adhère ou non au design de Sophia, de sa comparse Leni ou des membres de sa bande, la technique fait honneur à l’héritage de Requiem. Pour une production à double A, le titre s'avère superbe et parvient sans peine à nous transporter dans son univers. Le travail sur Sophia s’avère d'ailleurs particulièrement réussi. Son écriture tient la route, sa modélisation frôle le sans-faute et son doublage, en version originale comme en français, est d'une grande justesse. Le bilan est un brin plus contrasté pour le reste du casting. Si Faro s'impose rapidement comme une figure attachante et que j'ai pour ma part beaucoup apprécié, le personnage de Leni par exemple ne m'a pas du tout convaincu. En revanche, les figures du passé, Thésée, Dédale ou encore le Roi Minos, constituent un réel atout et profitent d'une représentation très inspirée et plutôt fidèle aux écrits mythologiques.

Sur le plan graphique, le jeu offre des panoramas sublimes à plus d'une occasion. Je ne compte pas le nombre de moment ou je me suis arrêté pour profiter du mode photo et faire quelques clichés, que vous verrez notamment dans ce test. Les développeurs ont abattu un travail remarquable sur les jeux de lumière et d'ombre, avec des palettes de couleurs qui rendent hommage à la mythologie grecque. Là où le bas blesse, c'est du côté des animations. Qu'il s'agisse des déplacements de Sophia lors des combats, de la garde des ennemis ou du comportement de nos compagnons, le manque de naturel se fait régulièrement sentir. La nature AA de la production refait surface dans ces moments-là. On reste bien entendu très loin d'un naufrage technique, mais ce manque de souplesse tranche un peu avec l'esthétique globale du titre.

Impossible enfin de ne pas évoquer la partition sonore. Après avoir émerveillé les joueurs sur les deux premiers volets, le compositeur Olivier Derivière livre une nouvelle masterclass. Sa bande-originale est une réussite absolue qui s'écoute en boucle, même une fois le générique de fin écoulé. Pour être tout à fait transparent, l'entièreté de la piste musicale fait maintenant partie de mes playlistes ! Elle retranscrit avec brio l'atmosphère de l'époque et devient l'un des artisans principaux de l'immersion que l'on ressent en jouant. Mention spéciale au sound design global, particulièrement oppressant lors des séquences de traque avec la créature.
Conclusion
Points forts
- Un voyage immersif dans la myhologie grecque
- Bonne durée de vie, entre 15 et 20h de jeu si vous faites le 100%
- Une histoire qui fonctionne, surtout dans la seconde partie du jeu
- Une exploration agréable avec des énigmes rafraichissantes et bien dosées
- Une direction artistique très soignée et de toute beauté
- Des musiques impeccables, juste merci Olivier Derivière !
- Nombreuses options d'accessibilités et d'aides (5 niveaux de difficultés)
- Doublages originales et VF de très bonne qualité
Points faibles
- Des combats peu intéressants qui cassent le rythme
- Des phases de jeu qui se répètent trop sur la longueur
- Manque un vrai antagoniste et un bestiaire un peu léger
- Présence d'aspects "light RPG" complètement inutile
- Une technique parfois limitée sur les animations des personnages
- Un récit qui ne parlera pas à tout le monde et qui peine à se lancer
Note de la rédaction
Au final, Resonance : A Plague Tale Legacy s'impose comme un bon titre et une expérience enrichissante pour quiconque souhaite explorer plus en profondeur l'univers qui entoure les aventures d'Amicia et d'Hugo. L'histoire met certes du temps à décoller, mais elle prend tout son sens durant la seconde moitié de l'aventure. Les équipes d'Asobo Studio ont fait preuve d'un grand respect envers la mythologie grecque, tout en s'accordant quelques libertés narratives nécessaires. Ces ajustements s'imbriquent d'ailleurs à merveille dans la formule globale du jeu, offrant un prolongement cohérent à la franchise. En revanche, la déception risque d'être au rendez-vous si vous cherchez en priorité un jeu d'action pur jus ou un gameplay particulièrement poussé. Le pari de tourner la formule vers des combats plus dynamiques ne fonctionne qu'à moitié. La rigidité des affrontements et le manque de renouvellement dans les mécaniques empêchent le titre de franchir un cap sur le plan de l'expérience de jeu. C'est un voyage aux côtés de Sophia en Crète qui reste agréable pour son atmosphère et son univers, mais qui montre vite ses limites manette en mains.