Soyons honnêtes : on a tous déjà entendu la fameuse phrase “arrête de rester scotché à tes écrans, tu vas t’abrutir devant tes jeux vidéo”. Pourtant, la science vient rebattre les cartes et relancer un sujet sur lequel nos parents et nous n’étions pas d’accord !
Depuis des décennies, le temps d'écran traîne une très mauvaise réputation, alimentée par la crainte légitime des parents de voir leurs enfants délaisser la lecture ou la vie sociale. Pourtant, une nouvelle étude menée par des chercheurs des universités de Jyväskylä et de Finlande met en lumière une réalité bien plus nuancée : une exposition plus importante aux écrans durant l'enfance serait en réalité associée à de meilleures fonctions cognitives à l'adolescence.
Ces travaux s'inscrivent dans le cadre du projet "PANIC", un suivi mené sur huit ansavait pour objectif d'analyser les liens entre activité physique, sédentarité, temps passé devant les écrans et développement cognitif. Au total, les chercheurs ont suivi 260 participants (124 filles et 136 garçons d'un âge moyen de 15,8 ans) en évaluant l'apprentissage, l'attention et la mémoire à l'aide de la batterie de tests cliniques organisés par la société CogState.
Crédit image : Perry Merrity II sur Unsplash

Leurs résultats sont sans appel : les adolescents ayant passé le plus de temps devant les écrans depuis leur enfance affichent de meilleurs temps de réaction, une plus grande précision aux tests de mémoire et, globalement, un meilleur traitement cognitif que les autres enfants. Un constat particulièrement intéressant qui vient contredire l'idée reçue selon laquelle les écrans nuisent d'office au développement intellectuel des plus jeunes, même si les scientifiques rappellent que la nature des activités pratiquées reste déterminante.
En pratique, l'étude n'a pas détaillé avec précision les activités exactes réalisées par les participants : lecture, jeux vidéo, vidéos en streaming, dessin numérique ou simple visionnage passif, comme du scroll sur les réseaux sociaux. Impossible, donc, d'affirmer que n'importe quelle session d'écran apporte ces bénéfices. Malgré tout, les chercheurs suggèrent que des activités interactives ou stimulantes comme lire, écrire, faire ses devoirs sur PC ou tablette et bien évidemment jouer aux jeux vidéo stimuleraient bien plus le cerveau qu'une simple consommation "passive" de contenu.
C'est pourquoi le chercheur Petri Jalanko recommande aux parents et au corps enseignant d'orienter les jeunes vers des usages plus stimulants. Il déclare notamment :
« La clé réside dans le type d'activités pratiquées durant ce temps d'écran. Les enseignants et les parents devraient encourager les enfants à utiliser les appareils de manière à favoriser la réflexion active, la résolution de problèmes, la créativité et l'apprentissage. »
En parallèle, les chercheurs ont examiné les interactions avec l'exercice physique, et les conclusions s'avèrent plus nuancées. Chez les filles, l'utilisation active des écrans combinée à une activité physique d'intensité légère durant l'enfance est corrélée à une meilleure mémoire à l'adolescence. Chez les garçons, ce gain est plutôt associé à une activité physique encadrée, comme les cours d'EPS à l'école ou le sport en club sous la supervision d'un adulte ou d'un entraîneur.
Crédit image : Perry Merrity II sur Unsplash

Quoi qu'il en soit, les auteurs de l'étude rappellent qu'une corrélation ne prouve pas un lien de cause à effet direct. Ils appellent donc à la réalisation de futures recherches pour préciser quelles activités numériques stimulent le plus le développement cognitif des enfants. Les disparités constatées entre filles et garçons, tout comme l'intensité des efforts physiques, montrent bien que le sujet est complexe et nécessite des investigations complémentaires pour en tirer des conclusions plus concrètes.
L'objectif n'est donc pas de remplacer le sport par les écrans, mais bien de dépasser le cliché voulant que toute exposition numérique soit nocive. La clé réside dans un équilibre sain entre le fait de se dépenser via des activités physiques et un usage intelligent des technologies numériques.