Salué par la critique et au sommet des ventes Steam, Star Wars: Zero Company vit un lancement au succès paradoxal. Le studio Bit Reactor a été contraint de placer environ 80 % de ses effectifs en congé forcé sans solde quelques semaines avant la sortie.
C'est une situation aussi incompréhensible que révoltante qui secoue l'industrie du jeu vidéo. Alors que le jeu de stratégie tactique Star Wars Zero Company enchaîne les éloges et trône parmi les meilleures ventes de la plateforme Steam, les coulisses du studio indépendant Bit Reactor révèlent une réalité d'une violence inouïe. Derrière la réussite commerciale d'un titre qualifié comme l'un des meilleurs jeux Star Wars depuis des années, l'équipe qui a conçu le projet a été écartée juste avant le grand jour.
Une mise en congé forcé à trois semaines du lancement de Star Wars : Zero Company
Le paradoxe frappe de plein fouet les développeurs américains. Selon les révélations du journaliste Stephen Totilo pour Game File, l'entreprise aurait fait face à une crise de trésorerie critique peu de temps avant la finalisation du titre. Faute de liquidités suffisantes pour assurer la masse salariale jusqu'à la sortie, la direction a dû prendre une décision drastique.
Environ 80 % des équipes, accompagnées de nombreux prestataires externes, ont été placées en congé forcé (furlough) sans salaire trois semaines avant le lancement. Seule une équipe réduite (skeleton crew) a été conservée afin d'assurer les derniers réglages techniques et de garantir la sortie du jeu sur les stores numériques. Si les employés concernés ne sont pas légalement licenciés, ils se retrouvent privés de revenus du jour au lendemain, assistant impuissants au succès d'un projet sur lequel ils ont travaillé d'arrache-pied.
Des litiges internes venus aggraver les finances du studio
L'affaire prend une tournure encore plus opaque au regard des procédures judiciaires qui entourent l'entreprise. Une plainte déposée par Alison Kelly, cofondatrice et ancienne directrice des opérations de Bit Reactor, contre le PDG Greg Foertsch lève le voile sur des tensions managériales et financières profondes au sein de la structure.

Les documents de cette action en justice font explicitement mention de cette mise en congé forcé massive touchant la majorité des salariés. Si le studio confirme que la mesure vise à surmonter une passe financière difficile avant de pouvoir, il l'espère, réintégrer les employés grâce aux retombées des ventes, l'incertitude pèse lourdement sur l'avenir des travailleurs.
Le succès commercial suffira-t-il à sauver les équipes de Bit Reactor ?
Dans un message adressé aux médias, un représentant de Bit Reactor a confirmé la situation en précisant qu'il ne s'agissait pas d'une décision dictée par l'éditeur Electronic Arts ou par Disney, mais bien d'une mesure interne liée à la gestion de la trésorerie du studio. Un représentant de Bit Reactor a déclaré au média Game File que le studio espérait réintégrer les salariés mis en chômage partiel en leur rétablissant leur salaire, laissant entendre qu'un lancement réussi du jeu pourrait avoir un impact significatif.

Pour l'heure, les développeurs mis de côté comptent sur les excellents chiffres de vente sur PC pour espérer retrouver leur poste et percevoir leurs salaires rétroactifs. Cette affaire met une nouvelle fois en lumière la précarité extrême des équipes de développement indépendantes, même lorsqu'elles travaillent sur des licences mondiales de premier plan.