Crazy Taxi : World Tour - Un retour fidèle aux racines rétro de SEGA avec des ajouts modernes

Titre original : Les sensations rétro de la Dreamcast, mais en mieux : SEGA est courageux en ne changeant presque rien à ce jeu culte

Le regain d’intérêt de SEGA pour ses anciennes licences a surpris beaucoup d’observateurs. Après d’innombrables années d’absence, des franchises telles que Jet Set Radio ou encore Golden Axe devraient effectivement revenir. Dans un monde où le jeu service agit comme un phare hypnotisant pour les éditeurs, il y avait de quoi être craintif sur ces comebacks. Pourtant, les chauffards intrépides de Crazy Taxi ne semblent pas avoir cédé aux sirènes de l’actualisation opportuniste.

SEGA dépasse les bornes (d’arcade)

Évoquons d’emblée le sujet chaud qui anime presque l’intégralité des échanges dans le HUB Steam de Crazy Taxi : World Tour : les développeurs de SEGA ont utilisé de l’IA générative lors des phases de conception du jeu. Le groupe japonais a beau assurer qu’aucun contenu généré par IA ne sera présent dans le jeu final, les joueurs se disent choqués. Avec leur dimension anticonformiste, Crazy Taxi comme Jet Set Radio ont sûrement encouragé certains joueurs d’antan à s’élever contre le système en place.

Pour celles et ceux qui n’auraient jamais entendu parler de Crazy Taxi, il s’agit à la base d’un jeu d’arcade sorti en 1999 porté sur Dreamcast l’année suivante. Le but du soft est simple : parcourir une ville à toute vitesse pour trouver puis amener des clients à bon port en un temps record. Plus le trajet est spectaculaire, plus le joueur prend de risques, plus le passager est généreux. Ce concept sans chichi, achi efficace mais répétitif, avait divisé la presse. “Si vous aimez les bons gros défouloirs, l'arcade sans concession et les grosses poussées d'adrénaline, n'hésitez pas. Par contre, si vous êtes du genre exigeant question challenge et variété, vous pourriez bien rester sur votre faim”, lisait-on dans le test de Joypad (noté 7/10, n°95).

Les sensations rétro de la Dreamcast, mais en mieux : SEGA est courageux en ne changeant presque rien à ce jeu culte

Le plaisir dilué ?

Au début des années 2000, “l’arcade à la maison” a été aussi bien un argument en faveur des constructeurs/éditeurs qu’un élément en leur défaveur. Plus les années passent, plus les plaisirs courts et simples sur nos machines de salon sont vivement critiqués. C’est logique : un jeu d’arcade dans les salles équipées ne demande qu’une petite pièce pour se lancer, alors qu’acheter un soft sur sa Dreamcast coûtait dans les 400 francs (environ 60 € hors inflation). À cette époque, avoir un jeu d’arcade sur sa console signifie surtout pouvoir y jouer – et y rejouer – en illimité sans que la monnaie ne manque dans le portefeuille.

Les sensations rétro de la Dreamcast, mais en mieux : SEGA est courageux en ne changeant presque rien à ce jeu culte

Le succès des RPG et des jeux d’action-aventure, ainsi que le déclin des salles d’arcade, ont incité les grands acteurs du jeu vidéo à abandonner les sensations immédiates au profit de la profondeur. De nos jours, il n’est pas rare de retrouver des mécaniques autrefois dédiées aux RPG dans des jeux de course, dans des FPS/TPS et même des jeux de combat. Les règles, les contrôles, les combinaisons… tout se complexifie dans un seul et unique but : garder le joueur toujours plus longtemps. Pendant qu’il est planté devant son écran de customisation, l’utilisateur ne s’amuse pas à un autre titre !

L’émergence du jeu service n’a fait que précipiter cette course à la personnalisation de l’expérience. Les pièces à insérer dans la fente ont été remplacées par des DLC et des “boosters” de toutes sortes. Ce qui intéresse nos géants porte un nom : le taux de rétention. Cela signifie : garder les joueurs à tout prix, peu importe la rustine mise en place par les développeurs.

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Crazy Taxi World Tour roule sur les règles en respectant le code

Vous l’aurez compris, SEGA avait plusieurs façons de déraper salement avec le retour de sa franchise mythique. Quand on voit à quel point l’entreprise japonaise a fait les yeux doux au jeu service (Hyenas d’un côté, le “Super Game” de l’autre) et comment le dernier Shinobi – certes très bon – a récemment “RPGisé” une formule arcade, on ne pouvait que craindre le pire pour Crazy Taxi. Le jeu allait-il être un free-to-play avec la majorité du contenu à acheter ? SEGA irait-il jusqu’à ajouter un arbre de compétences aux multiples embranchements pour apporter la sacro-sainte “profondeur” exigée en 2026 ? Relâchez la pédale de frein et la pression, il semblerait que non.

Les sensations rétro de la Dreamcast, mais en mieux : SEGA est courageux en ne changeant presque rien à ce jeu culte

Présent dans les allées de la gamescom 2026, Crazy Taxi World Tour a affiché la carrosserie que je voulais voir : celle d’un “vieux” jeu remis au goût du jour techniquement, fidèle à son gameplay d’origine tout en apportant les ajouts réclamés par la presse (et les joueurs) à l’époque. Les graphismes colorés, les grandes villes animées, les dérapages, les boosts, les clients frappadingues, les camions-tremplins, les tubes de Offspring en fond sonore… tout est bien là. Le contenu chiche des précédents volets ? Il y aura 5 villes différentes à explorer, cheveux au vent. Le côté répétitif ? World Tour aura un vrai mode campagne (où il faut aider Axel à retrouver son taxi). L’absence de multijoueur ? Cet épisode permettra de s’amuser avec ses amis en ligne. Et le plus beau dans tout ça ? Le mode arcade en contre-la-montre sera bien là.

Les sensations rétro de la Dreamcast, mais en mieux : SEGA est courageux en ne changeant presque rien à ce jeu culte

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Je sais, je ne devrais peut-être pas être aussi enthousiaste face à une suite qui semble prendre aussi peu de risques. Néanmoins, dans l’univers vidéoludique actuel, sortir un jeu tel que Crazy Taxi, au 100 % arcade presque régressif, sur consoles et PC, c’est déjà un risque. Devoir foncer à vive allure dans une ville au trafic dense pour se rendre à l'aéroport, puis suivre un avion sur quelques mètres afin que le client s’agrippe au train d'atterrissage pour décoller, c’est tout ce que j’attends d’un Crazy Taxi en 2026. J'espère juste que la personnalisation promise du véhicule ne se transformera pas en un hypothétique “pay-to-win” si des microtransactions sont de la partie, et que les éléments à débloquer avec l’argent gagné pendant les courses seront surtout visuels.

Au moment où nous écrivons ces lignes, la bêta multijoueur du jeu est ouverte à ceux qui ont pu s’inscrire. Crazy Taxy est prévu pour arriver en 2027 sur Xbox Series X/S, PS5, Nintendo Switch 2 et PC. Il sera Xbox Play Anywhere.