Après des années de retards à répétition, le studio japonais LEVEL-5 a voulu frapper un grand coup lors de sa dernière présentation officielle. Mais en dévoilant l’usage massif de l’intelligence artificielle générative pour accélérer ses créations, les créateurs de Professeur Layton et d’Inazuma Eleven se sont mis à dos une communauté profondément attachée au fait main.
Le studio japonais LEVEL-5 traîne depuis plusieurs années une réputation ambivalente. D'un côté, il incarne une identité artistique chaleureuse, célèbre pour sa collaboration historique avec le Studio Ghibli sur la franchise Ni no Kuni. De l'autre, l'éditeur fait face à des cycles de développement interminables, s'étalant souvent sur cinq à dix ans, au grand dam des joueurs qui ont attendu désespérément le retour de licences phares comme Inazuma Eleven et qui attendent encore Decapolice.
Pour résoudre cette équation industrielle et réduire les délais de production à seulement deux ans, le PDG et fondateur du studio, Akihiro Hino, a fait un choix radical : automatiser une grande partie de la chaîne créative grâce à l'intelligence artificielle générative. Mais lors du showcase virtuel LEVEL5 VISION 2026 II: Dreams diffusé le 10 septembre 2026, la démonstration technique a viré au fiasco industriel.
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Pourquoi la bande-annonce du nouveau Professeur Layton a-t-elle révolté les fans ?
Pendant près d'une heure, les spectateurs ont assisté à un défilé de bandes-annonces marquées par d'étranges anomalies visuelles. Des arrière-plans flous et incohérents dans le remake de Professeur Layton et l'Etrange Village, des déformations anatomiques sur le visage du protagoniste de Yo-kai Watch 2: Haunted Domain ou encore des animations particulièrement rigides pour Inazuma Eleven: Bold Revolution. L’élément le plus controversé est resté la mise en scène d'Akihiro Hino lui-même, représenté sous la forme d'un avatar virtuel généré par IA naviguant au milieu de décors déformés.
La réaction de l'audience a été immédiate et d'une rareté absolue pour un acteur historique de l'industrie. Sur YouTube, la vidéo du showcase a essuyé un rejet massif, cumulant rapidement plus de 41 000 mentions "Dislike" contre seulement 30 600 "Like". Dans les espaces de commentaires, la déception a rapidement laissé place à la colère et à l'incompréhension face à ce que beaucoup qualifient désormais de "bouillie d'IA" (AI slop).
Sur X (anciennement Twitter), un fan dépité exprime le sentiment d'une rupture sentimentale avec le studio :
J'étais tellement impatient quand LEVEL-5 a annoncé son grand retour avec le Professeur Layton, Decapolice ou Yo-Kai Watch. Mais voir autant d'IA générative utilisée de manière aussi flagrante à travers leurs jeux... non, ce n'est vraiment pas possible.
Pour d'autres joueurs, cette décision sonne le glas de l'héritage artistique d'un studio autrefois admiré pour la minutie de ses dessins faits à la main. Un autre utilisateur se désole du virage pragmatique et industriel pris par la firme :
Le LEVEL-5 que nous avons connu a disparu. Ce qui est revenu semble s'appuyer bien trop lourdement sur l'IA générative. Passer de la création de véritables œuvres d'art comme Ni No Kuni à ça, c'est tellement triste.
I will not buy the next Layton.
— Luiroï 🍂 (@LuiroiS) September 10, 2026
I will not buy any Inazuma Eleven.
I will not buy the next Fantasy Life DLC.
I will not touch any other Level-5 games.
You was a beautiful studio. Now you are nothing more than a disappointment to us.
We don’t want this AI shit. pic.twitter.com/9YsiecI3SU
L'incompréhension s'est également muée en un rejet plus radical envers les choix de la direction, qu'un internaute accuse d'avoir sacrifié l'âme de l'éditeur sur l'autel de la rentabilité :
Vous étiez un studio magnifique. Aujourd'hui, vous n'êtes plus qu'une déception pour nous. Nous ne voulons pas de cette merde d'IA.
La polémique a rapidement dépassé les cercles des joueurs pour atteindre les professionnels de l'animation. Samuel Deats, réalisateur de la série d'animation Castlevania sur Netflix au sein de Powerhouse Animation Studios, recadre publiquement la direction du studio :
L'IA générative est entraînée sur les œuvres volées d'innombrables artistes par des entreprises technologiques qui cherchent à s'enrichir sur leur dos afin de les remplacer. En l'utilisant, vous avez remplacé des artistes. Vous tirez profit du savoir-faire d'artistes dont le travail a été pillé pour alimenter ce logiciel.
La réponse du PDG de Level-5 ne passe pas chez les joueurs
Devant l'ampleur du tollé, le PDG Akihiro Hino a publié un long message explicatif sur X. S'il a présenté ses excuses pour avoir mis mal à l'aise une partie du public, le dirigeant a tenu à justifier ses choix par une volonté d'expérimentation visuelle et de modernisation. Akihiro Hino, PDG et président de LEVEL-5, explique sur son compte :
C'est uniquement par le désir de rendre la présentation plus spectaculaire que nous avons intégré des processus d'expérimentation avec les IA les plus récentes. Il semble que cela ait mis certaines personnes mal à l'aise, et je m'en excuse sincèrement.
【AIの使用について・LEVEL5VISION2026Ⅱ】
— 日野晃博 (@AkihiroHino) September 12, 2026
今回、イベント内のでの映像についてAIを使用したため…
Pour rassurer la communauté sur la qualité des jeux à venir, le patron du studio a insisté sur le fait que la direction artistique globale et le cœur créatif restaient l'œuvre d'artistes humains, l'IA n'intervenant selon lui que sur des tâches techniques d'exécution. Toujours dans le même long message, le présent de Level-5 précise la méthode de travail du studio :
Dans notre entreprise, tous les éléments qui font le charme et l'originalité de nos jeux — comme les scénarios, le design des personnages et les univers de base — sont entièrement créés par des mains humaines. Les gains d'efficacité que nous recherchons avec l'IA visent principalement à numériser le travail créatif fait par des humains, par exemple en convertissant fidèlement des illustrations originales en modèles 3D polygonaux. Soyez rassurés, aucun résultat généré grossièrement par l'IA ne sera inclus dans nos jeux commercialisés.
Malgré ces explications et la promesse de tirer des leçons pour les prochaines présentations, LEVEL-5 n'entend pas renoncer à cette technologie. L'éditeur confirme qu'il poursuivra l'intégration de l'IA pour diviser par deux le temps de production de ses grosses productions afin de passer de 5 ans de développement à seulement 2. Un pari industriel risqué qui installe un doute persistant chez les fans : à l'avenir, la magie d'un jeu LEVEL-5 viendra-t-elle encore du cœur de ses créateurs ou d'un simple algorithme ?