Après 30 ans de nominations, Vince Gilligan, le créateur de Breaking Bad a réussi à convaincre le jury des Emmy Awards avec sa nouvelle série distribuée sur Apple TV +.
Vince Gilligan, le cerveau derrière Breaking Bad et Better Call Saul, vient d’entrer dans l’histoire de la télévision en remportant son tout premier Emmy Award personnel pour l’écriture. Malgré de véritables prouesses narratives réalisées sous le soleil écrasant d’Albuquerque, l’Emmy Award récompensant spécifiquement l’écriture lui échappait inlassablement. Il aura fallu un changement radical de registre pour briser la malédiction. Une anomalie de près de trente ans enfin corrigée grâce à Pluribus, sa nouvelle fresque de science-fiction dystopique diffusée sur Apple TV+. Retour sur une consécration tardive mais méritée pour l'une des plumes les plus affûtées du petit écran.
Le paradoxe d'un génie snobé pour sa plume
Le grand public imagine probablement que le père spirituel de Walter White et Jesse Pinkman croule sous les trophées de scénariste. La réalité est pourtant bien plus frustrante. Imaginez un instant qu’un homme dont les dialogues ont littéralement façonné la pop culture soit systématiquement boudé par ses pairs lorsqu'il s'agit de récompenser son talent d'auteur. Depuis 1997 et sa toute première nomination pour l’épisode légendaire “Memento Mori” de X-Files, Vince Gilligan traînait cette ironie comme un boulet.
Si Vince Gilligan possédait déjà quatre Emmy Awards avant cette prestigieuse soirée, ces derniers honoraient seulement son travail de producteur exécutif pour la Meilleure série dramatique (remportés en 2013 et 2014), occultant presque totalement ses talents d'écriture. Même le final magistral et bouleversant de Breaking Bad, l'épisode “Felina”, n’avait pas réussi à convaincre l’Académie de le consacrer individuellement.
Vince Gilligan récupérant l'Emmy Award de la meilleure série dramatique en 2013

Pire encore, le préquel de Breaking Bad s’est progressivement transformé en véritable injustice télévisuelle. Better Call Saul détient à ce jour le triste record du programme le plus boudé de l’histoire de la cérémonie : 53 nominations sur l'ensemble de ses saisons, pour un total de zéro victoire. Une hérésie pour de nombreux critiques qui considéraient la narration de ce préquel supérieure à la série mère. Il aura fallu attendre sa 26ème nomination individuelle au fil de sa longue carrière pour que le vent tourne enfin en sa faveur.
Pluribus : le pari audacieux de la science-fiction
Pour conjurer le sort et séduire les votants, le showrunner a compris qu'il fallait se réinventer. Fini la drogue, les luttes de cartels et le réalisme crasseux du Nouveau-Mexique. Fin 2025, Vince Gilligan a pris tout le monde de court en débarquant sur la plateforme Apple TV+ avec Pluribus, un drame de science-fiction aussi surprenant que visuellement somptueux.

L’intrigue, vertigineuse, dépeint une planète Terre où un mystérieux virus extraterrestre a transformé l’écrasante majorité de l’humanité en une conscience collective pacifiste, niaise et dénuée de libre arbitre, ironiquement baptisée “Le Ralliement”. Au beau milieu de ce bonheur forcé et glaçant, la romancière farouchement misanthrope Carol Sturka se découvre mystérieusement immunisée, ce qui fait d’elle l’une des treize dernières véritables humaines encore maîtresses de leurs pensées.
L'épisode de la consécration
C’est précisément le scénario de l’épisode pilote de cette nouvelle série, sobrement intitulé “We Is Us”, qui a permis à Vince Gilligan de soulever la statuette dorée tant convoitée. Cette introduction est une véritable claque existentielle, interrogeant avec brio la notion de libre arbitre, le prix de la paix universelle et la beauté paradoxale de l'imperfection humaine.
Vince Gilligan récupérant son Emmy Award cette année

En troquant les dilemmes moraux de la pègre pour une réflexion philosophique à grande échelle, le créateur a non seulement surpris son public, mais il a enfin forcé le respect unanime de l'industrie. Une consécration tardive qui prouve que le talent d'écriture de Gilligan ne connaît définitivement aucune frontière.