Interrogé lors de la promotion de son dernier film, Zack Snyder a fermé la porte à un passage chez Marvel Studios. Fidèle à son style sombre et mythologique, le cinéaste refuse le modèle « parc d’attractions » de la firme de Disney et préfère garder sa liberté créative.
Les univers partagés de super-héros ressemblent souvent à des parcs thématiques majeurs : tout y est calibré, des descentes vertigineuses aux zones de repos, pour offrir des sensations garanties au grand public. Mais pour Zack Snyder, la comparaison s'arrête là. Figure centrale du premier univers étendu de DC au cinéma (le DCEU) avec Man of Steel ou Batman v Superman, le metteur en scène a tranché : il ne réalisera pas de film pour le Marvel Cinematic Universe (MCU). En cause, une opposition philosophique totale sur la conception même du blockbuster super-héroïque et de la place accordée à la vision d’un auteur.
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Pourquoi Zack Snyder refuse-t-il d'intégrer le MCU ?
Au cœur du refus exprimé par Zack Snyder figure une incompatibilité majeure avec le modèle d'assemblage industriel de Marvel Studios. Sous la houlette de Kevin Feige, la firme a bâti sa réussite sur une organisation centralisée où la direction narrative, l'humour désamorçant et l'esthétique générale répondent à un cahier des charges strict, pensé pour plaire au plus grand nombre.
Zack Snyder, journaliste cinéma de formation et metteur en scène au style visuel très affirmé, conçoit au contraire ses œuvres à la manière d’un tableau d'auteur. Là où la formule Marvel fonctionne comme une attraction millimétrée, le réalisateur cherche à imposer une patte indélébile sur chacun de ses projets, exigeant un contrôle total de sa direction artistique et de son montage.
En pleine tournée de promotion pour le drame indépendant The Last Photograph, Zack Snyder s'est confié à The Hollywood Reporter sur cette différence de méthode qui rend toute collaboration impossible :
(Marvel, c’est) comme un manège dans un parc d’attractions, non ? Il y a les montées, les descentes, les moments plus tranquilles, puis une autre descente. À la fin, on se dit : “Waouh, c’était dingue, c’était génial.” Ça ne m’intéressait pas du tout. Et vous savez, c’était peut-être une erreur. Mais je ne pense pas comme ça. Je ne peux pas faire ça. Je préfère plutôt parler de la mythologie des personnages. Et peut-être que ce n’est pas aussi amusant.
L'expérience passée du réalisateur a grandement pesé dans cette prise de position. Lors du tournage de Justice League en 2017, la tentative de Warner Bros. d'injecter la « formule Marvel » en confiant des réécritures et des reshoots à Joss Whedon s'était soldée par un échec artistique et commercial marquant. Cet épisode a fini de vacciner le cinéaste contre la gestion créative supervisée par des comités d'entreprise.
En quoi la vision de Snyder s'oppose-t-elle à la méthode Marvel ?
Pour bien comprendre cette divergence, on peut comparer les deux approches à deux visions de la bande dessinée : d'un côté, le catalogue grand public divertissant et accessible ; de l'autre, le roman graphique dense, lourd de sens et plus sombre. Là où le MCU privilégie des couleurs vives, un rythme dynamique et un humour omniprésent pour désamorcer les tensions, Snyder aborde les figures de Batman, Superman ou Wonder Woman comme des divinités grecques plongées dans un monde moderne.
Dans des œuvres comme Man of Steel ou Batman v Superman: L'Aube de la justice, Superman n'est pas simplement un sauveur souriant, mais une entité quasi biblique dont la seule présence suscite l'effroi, la fascination et des débats philosophiques mondiaux. Cette tonalité tragique, perçue à l'époque comme trop austère par une partie de la critique et du public, constitue pourtant le cœur de son identité visuelle. Si Snyder concède que réinjecter davantage de légèreté aurait pu faciliter la réception de ses films, il assume d'avoir privilégié l'étude du mythe au détriment du pur divertissement familial.
Quelle est la suite pour Zack Snyder ?
Libéré du carcan des franchises de super-héros traditionnelles et après avoir collaboré avec Netflix sur les univers de Army of the Dead et Rebel Moon, le cinéaste poursuit sa trajectoire hors des grands studios de comics. Avec la sortie de The Last Photograph, Zack Snyder s'éloigne temporairement des super-pouvoirs et des batailles intergalactiques pour signer un film plus intime.
Zack Snyder’s ‘THE LAST PHOTOGRAPH’ debuts with a 18% score on Rotten Tomatoes 🍅 pic.twitter.com/wk7uZZJAfe
— The Hollywood Handle (@HollywoodHandle) September 15, 2026
Si un retour aux adaptations de bandes dessinées devait un jour se concrétiser, il ne se ferait pas au sein d'un univers connecté de super-héros. Le réalisateur n'a jamais caché son attrait pour des œuvres isolées, violentes et très ciblées, telles qu'une adaptation fidèle du roman graphique Elektra : Le Retour de Frank Miller. Mais pour l'heure, l'avenir du cinéma super-héroïque chez Warner Bros. s'écrit sous la houlette de James Gunn avec le nouveau DCU, scellant définitivement la fin de l'ère du SnyderVerse.