Les jeux AAA occupent parfois une place démesurée sur nos SSD, entre textures 4K, fichiers audio et mondes toujours plus détaillés. Sony imagine pourtant une solution capable de faire fondre leur installation de manière spectaculaire. Mais cette prouesse technique pourrait transformer profondément notre manière de jouer.
Les 825 Go du SSD de la PS5 paraissent presque dérisoires face à certains jeux modernes dépassant allègrement les 100 Go. Sony Interactive Entertainment travaille justement sur une autre approche : plutôt que d'augmenter sans cesse l'espace de stockage, pourquoi ne pas éviter de stocker une grande partie du jeu ? Un brevet intitulé « Asset Streaming System and Method » décrit un système hybride dans lequel la console conserve l'essentiel en local et récupère le reste à distance au moment où le joueur en a besoin.
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Un jeu de 100 Go pourrait théoriquement ne peser que 100 Mo au départ
L'idée est assez radicale. Au lieu de télécharger immédiatement toutes les ressources d'un jeu, la console pourrait n'en installer qu'un premier ensemble extrêmement léger, contenant notamment le code exécutable et les éléments indispensables au lancement. Le brevet évoque même l'exemple d'un package initial d'environ 100 Mo là où un téléchargement traditionnel pourrait atteindre 10 ou 100 Go. Les ressources les plus lourdes seraient ensuite récupérées progressivement depuis des serveurs distants.
Crédits : Giovanni Colantonio / Digital Trends

Le système repose notamment sur différents niveaux de détail. Une texture relativement légère peut être disponible immédiatement, avant d'être remplacée par une version de meilleure qualité lorsque celle-ci devient nécessaire à l'écran. La console détermine les ressources dont elle a besoin en fonction de ce qu'elle est en train d'afficher, puis les télécharge. Les éléments devenus inutiles pourraient parallèlement être supprimés afin d'éviter qu'ils ne s'accumulent sur le SSD. Même logique pour d'autres ressources volumineuses, comme certains fichiers audio : plutôt que de conserver l'intégralité des données en permanence, le stockage devient en quelque sorte dynamique.
Ce n'est pas vraiment du cloud gaming, et c'est toute l'astuce
La nuance est importante : Sony ne propose pas simplement de transformer la PS5 ou sa successeure en terminal de cloud gaming. Dans ce dernier cas, le jeu tourne essentiellement sur une machine distante qui calcule l'image avant de l'envoyer au joueur. Ici, le code continue d'être exécuté localement par la console. Ce sont principalement certaines ressources nécessaires au rendu qui transitent par Internet. Une différence qui doit permettre de conserver la réactivité d'un jeu exécuté sur la machine, sans ajouter le délai d'affichage caractéristique que peut provoquer le cloud gaming.
Crédits :Shutterstock / Mohsen Vaziri

Sur le papier, le compromis semble presque idéal : conserver les performances d'une console traditionnelle tout en libérant énormément d'espace. Mais il déplace aussi une partie du problème. Pour afficher rapidement les ressources en haute qualité, une connexion suffisamment rapide et stable devient essentielle. En cas de débit insuffisant, le brevet envisage différents niveaux de détail : le jeu pourrait donc continuer à fonctionner avec des ressources moins lourdes, au prix potentiellement d'une qualité graphique ou sonore inférieure.
Des jeux solo qui dépendraient eux aussi d'Internet ?
C'est là que cette solution technique devient beaucoup plus controversée. Poussée à son maximum, elle signifie qu'une partie des données nécessaires au jeu ne se trouve tout simplement plus sur la console. Même une aventure entièrement solo pourrait donc dépendre d'un accès régulier aux serveurs pour récupérer ses ressources dans leur meilleure qualité. Et cela pose une question qui dépasse largement celle du confort : que devient un jeu reposant sur ce système si les serveurs qui hébergent ses assets disparaissent plusieurs années plus tard ?
Crédits : 01net

Il faut toutefois garder une nuance essentielle : il ne s'agit pour l'instant que d'un brevet, et rien ne garantit que Sony déploiera cette technologie sur PS5 ou sur une future PS6. Mais le concept illustre un compromis qui pourrait devenir de plus en plus tentant à mesure que les jeux grossissent : économiser massivement du stockage local en échange d'une dépendance accrue au réseau. Les installations de 150 Go pourraient alors devenir beaucoup plus rares, mais jouer totalement hors ligne aussi.