GTA 6 : L'Évolution du Téléphone Portable comme Miroir de notre Société à Travers 25 Ans de Gameplay

Titre original : GTA 6 : en 25 ans, Rockstar n'a eu besoin que d'un seul objet pour nous prouver qu'ils avaient tout compris de notre époque et de la société

En un quart de siècle, la saga Grand Theft Auto est devenue la chronique la plus acide de l’Amérique contemporaine. Au centre de ce miroir sociologique, il existe un objet qui a traversé des époques et dont les développeurs de Rockstar ont compris toute la teneur au moment de créer chacun des titres de la saga. Cet accessoire, ce n’est autre que… le téléphone.

D’ici quelques semaines, la saga de jeux vidéo Grand Theft Auto va franchir une étape importante, à savoir la sortie de son sixième épisode numéroté. Entre les débuts de la licence, sous la houlette de DMA Design, et cette entrée inédite, l’évolution saute aux yeux. Chaque compartiment a connu des progrès plus que notables, tandis que les opus ont presque tous eu droit à leur lot de nouveautés. Parmi ces changements et éléments, il y en a peut-être eu un plus important que les autres, et c’est pour ça qu’on lui consacre cette espèce d’édito. L’objet qui nous fascine autant ici n’est autre que… le téléphone.

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La communication, l’un des enjeux les plus importants de la saga GTA

Dès la sortie de Grand Theft Auto en 1997, DMA Design en fait presque une sorte de ciment qui vient lier nos rondes à travers la ville aux sales besognes que la pègre locale n’hésite pas à nous refiler. À cette époque déjà, l’utilisation du téléphone (du moins, vidéoludique), via les cabines, devient un rituel, voire une habitude (malsaine ?).

Au-delà, elle démontre un ancrage bien particulier, le reflet d’une époque où l’on devait se déplacer physiquement auprès des cabines publiques pour passer un coup de fil. Ici, la communication criminelle est indissociable de l’espace physique et du gameplay, et, ironiquement, ce sont surtout des communications à sens unique qui ont lieu.

GTA 6 : en 25 ans, Rockstar n'a eu besoin que d'un seul objet pour nous prouver qu'ils avaient tout compris de notre époque et de la société

Cependant, avant de sortir le grand jeu avec le téléphone portable, le studio emboîtait le pas de ces échanges mobiles avec la radiomessagerie (ces pagers qui envoient des alertes textuelles) ou l’utilisation d’un talkie-walkie dans Grand Theft Auto : London. Le véritable virage se produit, si l’on suit la chronologie de la saga, avec l’aventure de Tommy Vercetti dans le Vice City de 1986.

Dans les rues, le héros transporte un téléphone portable (ou plutôt une brique) qui s’inspire du Motorola DynaTAC 8000x, sorti, dans notre temporalité, en 1983. Ce n’est pas un hasard si GTA inclut un tel objet. À l’époque, malgré sa forte popularité, ce n’est pas l’objet commun qu’on manipule chaque jour, c’est un marqueur social, symbole de richesse et de pouvoir. Et petit à petit, le phénomène s’étend, autant dans la saga que dans le quotidien du joueur.


Le téléphone portable, une incursion insidieuse dans le quotidien réel et… dans l’univers de GTA

La manière de communiquer transforme le quotidien, et il est désormais possible d’être joignable n’importe où. Plus besoin d’être chez soi, près de son fixe, pour recevoir un appel. Plus besoin d’utiliser une cabine pour joindre quelqu’un qui se trouve à un emplacement fixe.

Grand Theft Auto prend le pli de cette modification de la communication avec San Andreas où Carl Johnson a le privilège d’utiliser un téléphone portable à clapet qui devient l’intermédiaire du développement narratif. Plus besoin de se rendre à une cabine fixe pour faire avancer le scénario, ce sont désormais les appels que l’on reçoit qui placent le héros sur les rails du scénario.

GTA 6 : en 25 ans, Rockstar n'a eu besoin que d'un seul objet pour nous prouver qu'ils avaient tout compris de notre époque et de la société

Néanmoins, c’est lorsque la saga GTA passe à l’ère HD que le téléphone portable opère sa métamorphose la plus spectaculaire. Intégré directement au bas de l'écran, le mobile cesse d'être une simple ligne de dialogue pour devenir une interface diégétique vivante. Niko Bellic commence avec un terminal vétuste, miroir de son statut d'immigrant démuni, avant d'acquérir le Whiz, un modèle multimédia plus élaboré.

À travers cet objet, Rockstar saisit l'instant exact où le téléphone cesse d'être un outil vocal pour devenir un centre de vie. Il faut désormais gérer son emploi du temps social, répondre aux demandes incessantes de son cousin Roman pour aller au bowling sous peine de dégrader sa jauge d'amitié, ou subir les interférences radio électromagnétiques dans les haut-parleurs des voitures.

GTA 6 : en 25 ans, Rockstar n'a eu besoin que d'un seul objet pour nous prouver qu'ils avaient tout compris de notre époque et de la société

Au-delà de cette place de plus en plus centrale et de la manière dont le personnage — pour ne pas dire nous — gravite autour, Rockstar Games montre à quel point le téléphone portable devient de plus en plus invasif. Aujourd’hui, il est simple de contacter et, surtout, d’être contacté.

L’appel devient le point de départ de nombreuses interactions, de situations qui peuvent nous éloigner de la ligne directrice qu’on a tracée pour les heures à venir. De fait, en mécanisant les relations sociales par téléphone, GTA IV a été le premier titre à illustrer l'intrusion brutale de la technologie dans notre sphère privée.


Le smartphone de GTA V, l’outil satirique parfait pour Rockstar Games

En 2013, GTA V pousse la logique jusqu'à l'absurde en équipant ses trois protagonistes de smartphones calqués sur le marché réel. L'iFruit de Michael (qui ressemble à un iPhone 4/4s) tourne en dérision la bourgeoisie accro à l'écosystème Apple, le terminal à l'écran fissuré (ersatz de Nokia Lumia 820) de Trevor parodie le système Windows Phone abandonné aux marges de la société, tandis que le mobile de Franklin (très proche d’un Samsung Galaxy SIII) reflète le pragmatisme Android de la classe moyenne.

Dans Los Santos, le smartphone n'est plus un accessoire du jeu, il est l’une des composantes essentielles du jeu, au moins aussi important que la ville, personnage tout aussi principal que le casting de GTA V. On y consulte ses e-mails, on navigue sur le faux web local, on spécule en bourse sur le BAWSAQ et on poste des clichés sur Snapmatic. Dans son titre, Rockstar Games ne se prive pas lorsqu'il faut attaquer frontalement les géants de la Silicon Valley en ridiculisant l'hypocrisie de Lifeinvader (réseau social) ou la vacuité de Bleeter (également un réseau social et plateforme de microblogging).

GTA 6 : en 25 ans, Rockstar n'a eu besoin que d'un seul objet pour nous prouver qu'ils avaient tout compris de notre époque et de la société

Avec l'application réelle iFruit lancée sur nos propres téléphones et le harcèlement publicitaire subi dans GTA Online, la frontière entre jeu vidéo et réalité s'efface totalement. Après des années à manipuler des téléphones, les smartphones viennent bousculer nos habitudes et nos quotidiens, et ça, Rockstar Games l’a également compris. Le studio, depuis cet opus, nous montre à quel point cet objet est devenu une espèce de centre de contrôle permanent, un outil central de nos vies qui, en raison de son pouvoir, capte sans arrêt notre attention.

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Le tournant de GTA 6 à l’ère de la culture de l’image et de TikTok

À l'aube de GTA 6, le téléphone portable s'apprête à vivre sa nouvelle grande mutation. Les premières informations révèlent que l'appareil quitte son statut de widget 2D au coin du HUD pour devenir un véritable objet physique modélisé dans les mains de Jason et Lucia. Dans un État de Leonida obsédé par la mise en scène de soi, le smartphone s'affirme comme le moteur même de la culture populaire.

Entre les flux de vidéos verticales capturées par les PNJ, les applications de services comme WAINK ou Scooter Bros et le live-streaming généralisé (comme ce personnage qui sort du coffre dans l’Extended Look), Rockstar cible cette fois l'ère du narcissisme numérique et de la post-vérité. Aujourd'hui, un braquage, un dérapage ou un fait divers n'existe que s'il est filmé et partagé instantanément sur les réseaux sociaux.

GTA 6 : en 25 ans, Rockstar n'a eu besoin que d'un seul objet pour nous prouver qu'ils avaient tout compris de notre époque et de la société

Vingt-cinq ans après les premiers bips de radiomessagerie, la prophétie de Rockstar s'accomplit : nous ne vivons plus le monde directement, nous le consommons à travers l'objectif de nos écrans. Avec GTA 6, le téléphone ne sert plus seulement à communiquer ou jouer, il devient l’outil ultime par lequel la société fabrique son propre spectacle, et on a hâte de revoir le show que Rockstar Games nous réserve le 19 novembre prochain.