Sacrifié par Warner Bros. sur l’autel des réductions fiscales, le projet Coyote vs. Acme a finalement trouvé une seconde vie en salles. Racheté par un distributeur indépendant, le film vient de franchir la barre symbolique des 100 millions de dollars au box-office mondial.
Pourquoi Coyote vs. Acme a-t-il failli ne jamais sortir ?
À l'origine de cette affaire, une décision purement financière. Malgré des retours de tests publics particulièrement enthousiastes et une note critique préliminaire grimpant jusqu'à 96%, Warner Bros a fait le choix brutal d'annuler purement et simplement la sortie du film. L'objectif de la major américaine était d'utiliser cette annulation comme une déduction fiscale pour équilibrer ses comptes, une stratégie drastique déjà appliquée auparavant à d'autres projets comme le film Batgirl.
Produite pour un budget massif de 70 millions de dollars, cette comédie déjantée suit les mésaventures de Wile E. Coyote. Fatigué d'être la victime constante des dysfonctionnements du matériel commandé sur catalogue pour attraper Bip Bip, le célèbre personnage décide d'engager un cabinet d'avocats pour attaquer la firme Acme en justice. Un pitch décalé et original, mais jugé trop risqué par la direction de Warner Bros, frileuse face à l'historique en demi-teinte des reboots de la franchise Looney Tunes.
Comment le film est-il devenu un succès à 100 millions de dollars ?
C'est là qu'intervient Ketchup Entertainment. Flairant le bon coup créatif et commercial, ce distributeur indépendant a racheté les droits complets du long-métrage pour 50 millions de dollars. Afin de minimiser ses risques financiers, Ketchup Entertainment a sagement revendu une partie des droits d'exploitation à l'étranger avant de lancer le film au cinéma.
La prise de risque s'est avérée particulièrement payante. Selon les données communiquées par Rentrak, le film cumule désormais 54,7 millions de dollars à l'international et 44,3 millions de dollars sur le sol américain. En franchissant ainsi la barre des 100 millions de dollars de recettes globales, Coyote vs. Acme valide le choix de son sauveur et s'offre une carrière solide avant son arrivée sur les plateformes numériques.
Pourquoi cette réussite fait-elle si mal à Warner Bros ?
Pour Warner Bros., ce triomphe prend la forme d'un camouflet stratégique. Après une année 2025 particulièrement bonne marquée par le succès de titres comme Sinners ou Weapons, la major enchaîne les déceptions commerciales. Plusieurs productions récentes du studio ont sévèrement sous-performé en salles :
- Supergirl : 126,4 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget conséquent de 180 millions de dollars.
- The End of Oak Street : 120,6 millions de dollars récoltés dans le monde pour 85 millions de dollars de production.
- The Bride! : 23,9 millions de dollars de recettes mondiales pour un coût de 90 millions de dollars.
- Practical Magic 2 : 76,8 millions de dollars en deux semaines d'exploitation pour un coût de production quasi équivalent.
La situation est tellement critique sur la période estivale que le studio indépendant A24 est parvenu à dépasser la puissante major sur le marché américain. Porté notamment par le succès de Backrooms, A24 a capté 5,5% des parts de marché (237 millions de dollars), devançant Warner Bros. et ses 5% (165 millions de dollars). Conserver Coyote vs. Acme aurait non seulement pu réduire cet écart, mais aussi apporter une rentabilité bienvenue que le studio cherche désespérément cette année.