Promettant des combats d’une brutalité sans précédent, ce projet initialement prévu pour la PlayStation a finalement été annulé, mais a paradoxalement acquis une notoriété sulfureuse grâce à sa diffusion clandestine. Marquant une étape importante dans l’histoire de la classification des jeux vidéo, il fut le premier à recevoir la mention “Adults Only” de l’ESRB. Retour sur une œuvre qui a marqué les esprits, non pas pour ses qualités intrinsèques, mais pour son contenu choquant et les circonstances de son annulation.
Une réponse à Mortal Kombat et à Smash Bros
Développé par Paradox Development et initialement prévu pour la PlayStation en 1998, Thrill Kill se voulait une réponse directe à la popularité grandissante de Mortal Kombat. L'objectif était clair : créer un jeu de combat résolument adulte, misant sur une violence graphique sans précédent. L'une des innovations majeures du titre était la possibilité d'accueillir jusqu'à quatre joueurs simultanément dans des arènes en 3D, une prouesse technique pour l'époque rendue possible grâce à l'utilisation du Multitap PlayStation. Cette fonctionnalité promettait des affrontements chaotiques mais c'est surtout la violence excessive du jeu qui a retenu l'attention.
Le cœur du gameplay résidait dans les "Thrill Kills", des mouvements de finition particulièrement gores qui se déclenchaient une fois une jauge spéciale, le kill meter, remplie. Ces exécutions étaient d'une brutalité rarement vue dans les jeux vidéo de l'époque et c'est précisément cette violence qui a causé sa perte. Ironiquement, Brian Gomez, l'assistant de production, a révélé que l'histoire du jeu, où des personnages se battent pour une chance de revenir à la vie après avoir été envoyés en Enfer, était inspirée de la comédie musicale Cats.
Trop violent pour son propre bien
L'annulation de Thrill Kill est intimement liée à l'acquisition de Virgin Interactive par Electronic Arts. Paradox Development développait le jeu sous l'égide de Virgin. En 1998, Electronic Arts a acquis Westwood Studios, et par extension, a récupéré les droits d'édition de nombreux jeux, dont Thrill Kill. EA, soucieux de son image et craignant les réactions négatives face à la violence extrême du jeu, a pris la décision d'annuler sa sortie. C'est donc Electronic Arts, et non Sony, qui a mis fin au projet.
Ce qui rend l'histoire de Thrill Kill encore plus singulière, c'est sa classification par l'Entertainment Software Rating Board (ESRB). En raison de son extrême violence et de son contenu graphique, Thrill Kill a reçu la classification "Adults Only" (AO), une première pour un jeu vidéo. Cette classification, encore plus restrictive que "Mature" (M), signifiait que le jeu était considéré comme inapproprié pour les moins de 17 ans. Cette étiquette a eu un impact considérable sur les possibilités de distribution du jeu, les principaux détaillants refusant généralement de vendre des jeux classés AO. Malgré son annulation officielle et sa classification AO, Thrill Kill n'a pas disparu des radars. Des versions complètes du jeu ont fuité sur Internet, propageant le titre via les réseaux de piratage. Cette diffusion clandestine a permis à de nombreux joueurs de découvrir le jeu et de constater par eux-mêmes l'étendue de sa violence. Cette situation a contribué à forger la légende de Thrill Kill, le transformant en un objet de curiosité.
Aujourd'hui, Thrill Kill est principalement connu pour la polémique qu'il a engendrée et pour avoir été le premier jeu classé "Adults Only" par l'ESRB. Les rares copies physiques du jeu sont devenues des objets de collection prisés par les amateurs de jeux vidéo rares et non commercialisés. S'il n'a jamais été commercialisé, Thrill Kill dispose tout de même d'un certain héritage. Outre le fait qu'il est parfois considéré comme l'un des jeux les plus controversés de sa génération pour son contenu, il a provoqué la création d'un moteur de jeu réutilisé ensuite par Paradox pour des jeux comme X-Men : Mutant Academy ainsi que Wu-Tang : Shaolin Style.
Cet article est déjà paru sur jeuxvideo.com. Cette version a été vérifiée au niveau de ses informations et de sa temporalité.