Adaptée du chef-d’œuvre de John Steinbeck, la nouvelle mini-série Netflix À l’Est d’Eden fait sensation. Portée par Florence Pugh, cette fresque familiale revisite un classique sans pour autant trahir son essence.
Après le succès de Cent ans de solitude et en attendant l'arrivée très attendue d'Orgueil et préjugés en décembre, la plateforme au N rouge continue de piocher dans les grands monuments de la littérature internationale. Disponible depuis le 1er octobre, la mini-série À l’Est d’Eden s'attaque à l'œuvre majeure du Prix Nobel John Steinbeck, déjà sublimée au cinéma en 1955 par Elia Kazan avec James Dean.
Une relecture moderne loin du simple remake
Même sans avoir dévoré les 700 pages du roman originel paru en 1952, impossible de ne pas se laisser happer par cette fresque intergénérationnelle. Écrite par Jeb Stuart et Zoe Kazan – qui n'est autre que la petite-fille d'Elia Kazan – cette création originale choisit de tracer sa propre voie plutôt que de livrer une copie conforme du long-métrage de 1955.
L'intrigue s'articule autour de la famille Trask, du lendemain de la Guerre de Sécession jusqu'à la Première Guerre mondiale. On y suit l'opposition marquée entre Adam, un idéaliste pacifique, et son demi-frère Charles, bien plus sombre et violent. Après la disparition de leur père et l'héritage de sa fortune, Adam choisit de refaire sa vie en Californie avec Cathy, une femme mystérieuse au passé particulièrement troublant.
Florence Pugh au sommet de son art
Si le film de 1955 se focalisait principalement sur le personnage de Caleb, la version télévisuelle braque ses projecteurs sur le personnage complexe de Cathy. Incarnée avec brio par l'actrice britannique Florence Pugh (nominée aux Oscars pour Les Filles du docteur March), la jeune femme captive autant qu'elle inquiète.
Personnage manipulateur et moralement ambigu, Cathy abandonne sa propre famille pour prendre la tête d'une maison close et devenir une « madame » redoutée. La force de l'interprétation de Florence Pugh réside dans sa capacité à rendre humain un rôle pourtant méprisable sur le papier. Grâce à une écriture subtile et plus féministe impulsée par Zoe Kazan, la série offre une vraie profondeur aux blessures de son héroïne, permettant d'expliquer ses choix sans nécessairement les absoudre.
Libre arbitre, hérédité et destin
Au-delà du drame familial, la série s'empare à merveille des thématiques chères à Steinbeck : la rivalité biblique entre Caïn et Abel, déclinée d'abord entre les deux frères puis réitérée chez la génération suivante.
Mais le cœur du récit réside dans un concept philosophique résumé par le mot hébreu timshel (« tu pourras »), introduit au fil des épisodes par le personnage de Lee, le domestique de la famille. Cette notion clé rappelle que personne n'est condamné par son hérédité ou son passé : chacun conserve à tout moment la liberté de choisir entre le Bien et le Mal. Une exploration de la responsabilité individuelle particulièrement bien ciselée qui donne furieusement envie de replonger dans le livre original.