Révolution de l'IA dans les jeux vidéo : comment Sony envisage de personnaliser l'expérience des joueurs sur PS5 grâce à des PNJ adaptatifs

Titre original : L'IA entraînée avec vos données de jeux sur PS5 doit avoir un rôle bien plus important que vous ne le pensez…

Sony continue sa course à l’innovation concernant l’intelligence artificielle. Le constructeur japonais vient de déposer un nouveau brevet capable de transformer les boss et ennemis de nos jeux vidéo en adversaires sur-mesure. En analysant nos habitudes, cette intelligence artificielle promet d’être un adversaire redoutable, au prix de profonds bouleversements de l’industrie, à la fois éthiques, humains et créatifs.

Qu’il s’agisse de mourir en boucle devant le colosse d’un Souls-like ou d’attendre que notre cible soit à l’abri des regards dans un Hitman 3, le jeu vidéo traditionnel finit toujours par dévoiler sa colonne vertébrale : un assemblage d’algorithmes et de routines prévisibles, qu’on peut finir par contourner pour gagner. Mais cette époque est peut-être bientôt révolue.

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Comment fonctionne ce nouveau modèle d’IA ?

Sony Interactive Entertainment a déposé un brevet promettant une petite révolution dans le monde vidéoludique, baptisé AI-adapted non-player character for video game system. L’objectif ? Permettre aux personnages non-joueurs (PNJ) d’analyser votre façon de jouer pour apprendre de vous et adapter leurs tactiques, leurs lignes de dialogue et même leur apparence en temps réel. Une promesse d’immersion inédite qui cache des enjeux industriels et éthiques majeurs.

Habituellement, le script d’un PNJ est constitué d’un arbre de comportement, qui déclenche l’une ou plusieurs de ses branches selon l'action du joueur. C'est un procédé extrêmement long et rigide à coder pour les développeurs, qui doivent envisager toutes les possibilités pour réagir au mieux face au joueur.

Pour dépasser les limites de l'arbre de comportement traditionnel, Sony mise sur l’apprentissage automatique (Machine Learning). Le système imaginé repose sur une boucle d’apprentissage dynamique alimentée par deux flux d’informations captés en continu lors de vos sessions de jeu :

  • Les données comportementales du joueur : touches pressées sur la manette, fréquence des attaques à distance, temps de réaction, réflexes de contournement et gestion des distances.
  • Les données du jeu et de l'environnement : état de santé de l'adversaire, configuration du terrain et réactions initiales du PNJ.
L'IA entraînée avec vos données de jeux sur PS5 doit avoir un rôle bien plus important que vous ne le pensez…

Ces informations sont immédiatement transmises à un modèle d’IA entraîné pour identifier vos faiblesses et vos habitudes. Si vous abusez d’une attaque à distance, l’ennemi apprendra par exemple à lever son bouclier plus souvent ou à réduire la distance lors du prochain affrontement. Le brevet précise que ce traitement peut s’effectuer en local directement sur le matériel de la console ou être déporté sur des serveurs Cloud afin de préserver la puissance de calcul nécessaire au rendu graphique.


En quoi ce brevet va-t-il transformer nos futures parties ?

En éliminant les routines fixes, cette technologie promet un défi personnalisé et une rejouabilité virtuellement infinie. Cela pourrait annihiler la récursivité de certains jeux qui, une fois le fonctionnement des PNJ compris, deviennent moins intéressants (coucou The Elder Scrolls V : Skyrim : Anniversary Edition).

Un joueur adepte de l’infiltration fera face à des gardes de plus en plus vigilants inspectant les angles morts ou les cachettes les plus fréquentes, tandis qu’un joueur fonçant dans le tas se verra opposer une résistance de plus en plus musclée. Sur le papier, c’est une promesse très alléchante contre les problèmes de répétitivité. ony l'affirme dans son brevet :

De plus, en utilisant les techniques décrites ici, des PNJ réalistes se comportant sur la base des comportements exhibés par les joueurs de jeux vidéo et/ou réagissant à ces comportements peuvent être intégrés de manière fluide dans les systèmes et contenus de jeux vidéo, améliorant ainsi les systèmes de jeux vidéo sans le travail d'écriture de scripts et les ressources matérielles considérables.

Outre l’expérience purement ludique, Sony entrevoit un intérêt économique stratégique. En automatisant l’équilibrage et le comportement des PNJ, les studios pourraient réduire drastiquement leur temps de développement et réallouer leurs budgets vers la direction artistique ou le level design.


Quels sont les risques et les limites éthiques de cette technologie ?

Si la promesse technique fait rêver sur le papier, elle soulève des inquiétudes et des questions légitimes au sein de la communauté et pour l'avenir de l'industrie.

À l’image du célèbre Nemesis system révolutionnaire de La Terre du Milieu : L'Ombre du Mordor et de sa suite, breveté par Warner Bros, ce dépôt pourrait paralyser l’innovation chez les studios indépendants ou concurrents, incapables de développer des IA adaptatives similaires sans payer de lourdes redevances. Dans ce sens, une mécanique pourtant géniale pourrait ne devenir qu’un simple outil propre à un seul jeu et laissé à l’abandon.

Cartographier vos réflexes, vos habitudes psychologiques, votre temps de réaction, etc. pose la question de la confidentialité et de la protection des données personnelles, surtout si ces données comportementales transitent par le Cloud ou sont récoltées par Sony.

La perte de l’intention artistique est aussi une des problématiques fondamentales : un bon game designer est comme un réalisateur, il orchestre un combat comme une scène de cinéma, en y ajoutant sa patte, en laissant délibérément des maillons faibles pour créer de la tension ou de l’émotion. Une IA obsédée par la performance brute risque de lisser la créativité au profit d’une difficulté froide et mathématique, dont on ne prendra pas plaisir à venir à bout.

En déléguant le codage comportemental à des algorithmes, les postes d’ingénieurs IA et de combat designers risquent de basculer de la création pure vers de la simple maintenance de code source, voire purement et simplement disparaître.


Une technologie qui n'est pas prête d'arriver

Toutes ces innovations sur l’intelligence artificielle sont questionnables, car elles sont susceptibles de faire disparaître ce qui faisait l’essence de certains jeux : n’est-ce pas tout le sel d’un Elden Ring d’apprendre toutes les petites subtilités comportementales d’un boss pour en venir à bout ?

Il existe aussi des exemples de PNJ tellement bien codés qu’on en arrive à croire qu’ils sont autonomes, en témoigne l’excellent Alien : Isolation et le comportement bluffant, particulièrement complexe et imprévisible du Xénomorphe, s’adaptant en fonction des habitudes du joueur, et qui a été codé de A à Z à la main.

Toutefois, nul besoin de paniquer sur-le-champ : comme on le voit souvent dans la tech, le dépôt d’un brevet ne garantit pas son application immédiate dans nos salons, ni son application tout court. Entre les contraintes d’optimisation matérielle et la nécessité de préserver le plaisir et le bien-être du joueur, il faudra attendre de voir si Sony sautera le pas dans les prochaines années.