S-Game compte bien marquer les esprits fin octobre 2026 avec son jeu d’action chorégraphié par nul autre que le légendaire Donnie Yen et le studio de Motion Capture Flying Goat. Phantom Blade Zero peut-il révolutionner le genre ? Voici nos impressions après 6 heures sur PC.
Lors d’un événement organisé dans les locaux de S-Game à Pékin, la rédaction de JV a pu découvrir Phantom Blade Zero durant 6 heures sur PC. La session couvrait les cinq premières heures de l’aventure ainsi que deux boss situés plus loin afin d’entrevoir la progression et la montée en difficulté.
Une histoire de vengeance
Phantom Blade Zero nous place dans la peau de Soul, un assassin d’élite de l’Ordre accusé à tort du meurtre de son chef, trahi puis laissé pour mort. Sauvé par un mystérieux guérisseur nommé le Sculpteur de chair, il apprend qu’il ne lui reste plus que 66 jours à vivre. Il lui faut désormais trouver un remède, comprendre ce qui lui est arrivé et découvrir les responsables d’un complot qui menace l’ensemble du Wulin.
L’introduction ne perd pas de temps et nous plonge directement dans l’action, avec Zao Shang comme principal antagoniste présenté dès le début de l’aventure. Le récit se veut intrigant, mais reste selon nous encore trop en retrait durant les deux premiers chapitres. S-Game préfère distiller les informations au gré des cinématiques qui reviennent sur le passé de Soul et précisent les liens entre les différents personnages.

Les flashbacks s’attardent notamment sur la relation entre Soul et Mo Yuan, son père et maître, et permettent d’en dessiner progressivement les contours. La mise en scène est soignée et plusieurs plans témoignent d’un vrai sens du cadrage et de la composition. Une simple séquence où le reflet de Zao Shang apparaît dans l’œil du héros en dit long sur les ambitions cinématographiques du studio. Le doublage chinois est également à mettre au crédit du jeu, avec des performances convaincantes qui donnent un supplément d’âme à histoire inspirée de la mythologie et du folklore chinois.
Donnie Yen n’est pas un simple prête-nom sur Phantom Blade Zero. Consultant créatif, chorégraphe et interprète de Mo Yuan, il participe à la création des différents styles martiaux du jeu aux côtés du responsable des combats Master Yang (Yang Liu) et de ses équipes. Le studio de Motion Capture Flying Goat a ainsi enregistré les mouvements à vitesse réelle, sans accélération artificielle, afin d’en préserver la fluidité et le rythme. Le résultat profite autant aux combats qu’aux cinématiques, avec des animations particulièrement soignées et un gameplay d’une précision chirurgicale.

Un univers Kung-Fu Punk
S-Game décrit Phantom Blade Zero comme un jeu "Kung-Fu Punk", une expression qui résume assez bien la manière dont le studio mélange arts martiaux traditionnels chinois, éléments steampunk, modifications corporelles et esthétique dark wuxia. Cette fusion des genres donne au Wulin une identité visuelle reconnaissable entre toutes. Les environnements sont particulièrement détaillés, la végétation très présente et la direction artistique contribue énormément au sentiment d’immersion. Visuellement, le jeu impressionne par la richesse de ses décors et la cohérence de cet univers hybride.
Phantom Blade Zero n’est pas un monde ouvert au sens traditionnel du terme. L’aventure repose sur plusieurs zones semi-ouvertes interconnectées et entièrement conçues à la main. Et les huit cartes peintes à l’encre de Chine pour les représenter donnent seulement des directions approximatives. L’idée est simple : éviter de transformer l’exploration en succession de marqueurs et pousser davantage les joueurs à observer les lieux et à sortir des sentiers battus. Cette approche participe pleinement au plaisir de parcourir le Wulin et renforce l’envie d’en explorer chaque recoin.
Notre curiosité est récompensée par des ressources, des trésors, des passages cachés et surtout des boss optionnels. Ce monde fantastique nous a donné envie de nous perdre au point d’en oublier parfois la quête de vengeance de Soul. Tout n’est pas aussi réussi pour autant. Certaines quêtes secondaires s’avèrent très classiques et les décors bien trop statiques. Quelques bugs subsistent également sur la version testée, mais l’ensemble nous a paru techniquement solide. Pour finir sur une touche musicale, la bande originale participe à l’identité du jeu, chaque environnement et chaque boss profitant de mélodies dédiées et de qualité.

La voie du sabre
C’est une fois le sabre en main que Phantom Blade Zero dévoile tout son potentiel et fait la démonstration du savoir-faire de S-Game en matière de baston. Le studio nous offre des joutes spectaculaires sans jamais sacrifier la lisibilité. La caméra constitue même l’un des atouts du jeu en suivant l’action au plus près sans jamais la rendre confuse. Les animations très travaillées font le reste et donnent aux affrontements autant d'impacts à l’écran que manette en mains.
Les combats sont rythmés par la jauge de Sha-Chi qui conditionne la défense de Soul. Tant que celle-ci n’est pas vide, notre assassin peut bloquer les attaques et parer pour déclencher un contre assassin. Certaines offensives exigent au contraire une esquive parfaitement timée afin de riposter dans la foulée. Les ennemis obéissent à la même logique : vider leur jauge permet ensuite de les enchaîner. Un concept simple sur le papier, mais diablement efficace, sublimé par des boss, tous plus mémorables les uns que les autres. Design, musique, décor et gameplay... ces séquences sont de véritables shows vidéoludiques.

L’arsenal est un autre point fort de Phantom Blade Zero. Soul peut compter sur 30 armes principales et 25 Phantom Edges, chacune disposant de ses propres animations, de propriétés distinctes et surtout d’un style de combat bien à elle. Passer de l’une à l’autre change donc radicalement la manière d’aborder les affrontements. Light-RPG oblige, il est également possible d’améliorer son équipement et de débloquer des compétences. Puis S-Game nous encourage à expérimenter et à laisser libre cours à notre créativité martiale en redistribuant à notre guise points et ressources afin d’affiner un build ou de revoir notre copie face à un boss récalcitrant.
Phantom Blade Zero n’est pas un Souls-like, même s’il en reprend certains codes. Les ennemis ne réapparaissent pas et les boss permettent de reprendre directement à la dernière phase atteinte, preuve que S-Game cherche davantage à mettre nos talents à l’épreuve sans faire de la répétition une punition. Cette philosophie se retrouve dans les quatre modes de difficulté. Voyageur privilégie l’accessibilité et le spectacle, tandis que Pionnier correspond à l’expérience "normale". Explorateur des Enfers se montre bien plus exigeant avec des boss capables de s’adapter en temps réel à votre manière de jouer. Enfin, 66 Days pousse le concept encore plus loin en transformant les derniers jours à vivre de Soul en compte à rebours, chaque mort poussant notre héros vers un Game Over définitif.

Phantom Blade Zero pourrait bien être le chaînon manquant entre le jeu vidéo d'action et le cinéma d'arts martiaux. La création Kung-fu Punk de S-Game n'est pas sans défauts, mais elle a du cœur. Mieux encore, elle possède ce supplément d'âme qui en fait une prétendante sérieuse au titre d'incontournable du genre. Impossible de rester indifférent face à tant de passion, d'ambition et de savoir-faire.