Dans les années 2000, les simulations de foot ont vécu un séisme. Alors que Pro Evolution Soccer (PES) régnait en maître absolu sur PS2, la transition vers la PS3 et la Xbox 360 a provoqué sa chute tragique au profit d’un FIFA complètement métamorphosé.
Quand je repense à mon enfance dans les années 2000, mes souvenirs ont la couleur du rectangle vert. Chez moi, les règles étaient strictes : interdiction de toucher à tout et à n'importe quoi sur la console familiale. Du coup, mes sessions de jeu se résumaient quasi exclusivement aux simulations de football. Mon baptême du feu a eu lieu sur PlayStation 1 avec International Superstar Soccer Pro 98, suivi d'une petite parenthèse sur FIFA 2000. Mais lorsque mon père s’est vu offrir la PS2 à Noël, j'ai succombé à la vague Konami. J'ai joué à tous les Pro Evolution Soccer jusqu'à l'incroyable PES 6. Je prenais l’Inter Milan d'Adriano et j’étais sûr de me régaler en envoyant des missiles dans les filets à 30 mètres. Puis la HD est arrivée, et mon monde s'est effondré.
Comment PES a-t-il pu perdre son trône au passage à la HD ?
Entre 2001 et 2006, la suprématie de PES sur PS2 ne souffrait d'aucune contestation. Malgré l'absence de maillots officiels et ces noms d'équipes grotesques qui nous faisaient tous sourire, le titre de Konami écrasait FIFA grâce à une physique de balle complexe, un moteur ultra-pointu et un feeling manette en mains incomparable. Mais l'arrivée de la Xbox 360 en 2005 et de la PlayStation 3 en 2006 a totalement pris l'éditeur japonais de court.


Fort de son succès massif, Konami a fait preuve d'une coupable paresse technique. Au lieu de rebâtir une architecture logicielle adaptée aux architectures complexes des nouvelles consoles, le studio nippon a simplement tenté de porter le moteur de la PS2 sur la Next-Gen. La sanction a été immédiate : PES 2008 et PES 2009 sont arrivés sur le marché totalement dépassés. Graphismes datés, animations d'une rigidité affligeante et ralentissements intempestifs en plein match... La déception a été immense pour les fans de la première heure dont je faisais partie.
Le réveil de FIFA
Pendant que Konami se reposait sur ses lauriers, Electronic Arts tentait le coup de poker du siècle. La firme américaine a confié les clés de sa franchise à une nouvelle équipe basée chez EA Canada, sous la houlette de Peter Moore et Andrew Wilson. Leur décision a été radicale : jeter l'ancien moteur de FIFA à la poubelle pour en développer un tout nouveau, taillé sur mesure pour la HD.
Dès FIFA 08, et surtout avec l’excellent FIFA 09, le jeu a troqué ses habitudes d'arcade gentillette pour une vraie philosophie de simulation exigeante. Les mécaniques d'EA ont balayé PES sur ses propres terres grâce à des innovations majeures :
- Le contrôle à 360° : introduit dans FIFA 10, ce système a brisé le carcan historique des déplacements limités à 8 directions fixes. La conduite de balle est devenue infiniment plus fluide, permettant des crochets subtils et une vraie protection du ballon.
- Le moteur de collisions physiques : les duels au corps-à-corps ont pris une dimension inédite. La prise en compte du poids et du gabarit des joueurs rendait enfin justice à la réalité du terrain.
- Une construction de jeu plus mature : alors que PES devenait curieusement de plus en plus rapide et bourrin, FIFA nous forçait à poser le jeu, faire circuler le ballon et construire patiemment.
La guerre des licences a-t-elle achevé PES ?
À l'époque de la PS2, la communauté compensait le manque de licences de PES grâce à l'éditeur interne et aux fameux Option Files qu'on s'échangeait sur carte mémoire ou clé USB. Mais avec la démocratisation du jeu en ligne, cette bidouille n'était plus suffisante pour le grand public.

EA Sports a sorti le chéquier pour verrouiller des contrats d'exclusivité avec l'intégralité des ligues majeures (Premier League, La Liga, Bundesliga, Ligue 1) et avec la FIFA elle-même. Jouer dans de vrais stades comme Old Trafford, le Santiago-Bernabéu ou le Camp Nou, avec les maillots officiels, les vrais logos et les commentaires chaleureux d'Hervé Mathoux et Franck Sauzée, procurait un enrobage face auquel le pauvre West London ou Man Red' de PES ne pouvait plus rivaliser.
Ultimate Team : le coup de grâce
Le dernier clou planté dans le cercueil de mon jeu d'enfance s'est joué en ligne. Le mode online de PES souffrait d'un lag insupportable et d'un matchmaking archaïque. En face, EA lançait en 2009 un contenu téléchargeable qui allait changer l'industrie à jamais : FIFA Ultimate Team (FUT).
Mêlant cartes à collectionner, gestion d'effectif, marché des transferts et matchs compétitifs en ligne, FUT a immédiatement conquis les joueurs. C'est ce phénomène de société, combiné à un gouffre technique devenu insondable, qui a scellé le sort de la saga de Konami. PES n'a plus jamais réussi à remonter la pente, laissant mes plus beaux souvenirs de gosse ancrés à jamais dans l'ère de la PS2.