En janvier 1993, Nintendo bouleverse le monde du jeu vidéo lors du WCES de Las Vegas. Dans un climat de paranoïa digne de la guerre froide, le constructeur dévoile la technologie derrière ce classique de la Super NES à l’abri des regards et sous haute surveillance.
C'est le genre de souvenir qui reste gravé dans la mémoire d'un joueur. On est au début de l'année 1993, et dans nos magazines préférés, un nom revient en boucle : Star Fox, ou StarWing chez nous. À cette époque, la Super Nintendo fait des merveilles avec ses couleurs éclatantes, mais soyons honnêtes, la 3D polygonale en temps réel relevait du pur fantasme. En face, Sega nargue son concurrent avec sa Mega Drive et sa communication agressive sur la vitesse, tout en inondant les salles d'arcade de jeux en 3D relief bluffants comme Virtua Racing. On voyait mal comment la console 16-bits de Nintendo, bloquée par un processeur à 3,58 MHz, allait pouvoir rivaliser.
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Et pourtant, dans les coulisses de Nintendo, une révolution se prépare dans le plus grand secret. Pour réussir cet exploit, la firme de Kyoto a fait appel à une poignée de jeunes ingénieurs britanniques surdoués d'Argonaut Games. Leur idée est aussi folle que géniale : puisque la console ne peut pas calculer la 3D, c'est la cartouche elle-même qui fera le travail. C'est ainsi qu'est née la toute première puce d'accélération 3D grand public, la Super FX. Un véritable monstre de puissance RISC cadencé à 10,5 MHz, camouflé dans un morceau de plastique gris.
Pourquoi Nintendo a-t-il caché sa nouvelle puce au WCES de 1993 ?
Janvier 1993. C'est l'ouverture du Winter Consumer Electronics Show (WCES) à Las Vegas. Si vous étiez sur place en tant que journaliste, l'atmosphère autour du stand Nintendo avait de quoi surprendre. Pas question de poser les yeux sur Star Fox ou sur sa mystérieuse cartouche au milieu de l'allée centrale. Consciente d'avoir entre les mains une arme technologique absolue capable de terrasser la concurrence, la direction de Nintendo déploie un protocole de sécurité quasi-militaire.
La démonstration se déroule dans une pièce secrète, à l'abri des regards, "behind closed doors". Pour franchir le rideau, les conditions sont draconiennes : les rares privilégiés doivent impérativement laisser leurs appareils photo et leurs caméras à l'entrée. La consigne est stricte sous peine d'exclusion immédiate et de poursuites. La raison de cette paranoïa ? Nintendo redoute par-dessus tout l'espionnage industriel. Il suffit d'une simple photo du circuit imprimé, du composant ou de la cartouche ouverte pour qu'un ingénieur de chez Sega ou Sony ne comprenne l'architecture, le nombre de broches ou ne remonte jusqu'au fabricant.
Comment Nintendo a-t-il dupé ses concurrents pour protéger son secret ?
Pour brouiller encore plus les pistes, Nintendo ne laisse rien au hasard. Les quelques prototypes manipulés à la vue de tous sont enfermés dans des boîtiers customisés complètement opaques et scellés. Sur la puce elle-même, les inscriptions indiquant les noms d'Argonaut ou du fondeur GTE Microelectronics sont soigneusement grattées ou masquées sous une épaisse couche de résine noire époxy. Impossible de savoir d'où vient ce composant révolutionnaire.
Pendant ce temps, la guerre de la communication bat son plein. Dans les pages des magazines, Nintendo distille les informations au compte-gouttes. On nous parle d'une technologie futuriste sans jamais nous expliquer clairement le tour de magie : la cartouche contient en réalité une deuxième console à elle seule, calculant les polygones dans sa propre mémoire avant de les envoyer sous forme de simples pixels à la Super Nintendo.

L'effet de surprise est total. Sega se retrouve pris de court et doit réagir dans la précipitation avec le projet SVP (Sega Virtua Processor). Mais sans le temps de recherche secret dont a bénéficié Nintendo, le développement de cette réplique coûte une fortune. Elle ne servira au final que pour un seul jeu, Virtua Racing sur Mega Drive en 1994, vendu au prix exorbitant d'une centaine de dollars.
Quel a été l'impact de Star Fox et de la puce Super FX sur le jeu vidéo ?
Lorsque Star Fox arrive enfin en magasin au printemps 1993, la claque est mémorable. Plus de 4 millions d'exemplaires s'écoutent à travers le monde. Découvrir pour la première fois cet Arwing polygonal voler à travers des reliefs en 3D dans son salon tenait du miracle.
Ce succès colossal valide le pari de la 3D sur console de salon et pousse Nintendo à aller encore plus loin. La technologie évoluera vers le Super FX 2, propulsé à 21 MHz, qui permettra de sublimer des chefs-d'œuvre comme Super Mario World 2 : Yoshi's Island avec ses effets de déformation et de zoom, ou encore de faire tourner un portage improbable de Doom.
Bien au-delà du succès de Star Fox, l'aventure de ce processeur secret a posé les bases de toute notre industrie moderne. Les travaux précurseurs d'Argonaut Games sur l'accélération 3D ont directement inspiré l'architecture des premières cartes graphiques pour PC et des consoles de génération suivante, contribuant à donner naissance aux GPU que l'on utilise tous aujourd'hui.