On a tous dans nos mémoires d’enfance ce fameux moment de solitude extrême où l’on comprend, une fraction de seconde trop tard, qu’on vient de faire une immense bêtise. La mienne a pour cadre une station de ski, une PSP et un jeu vidéo légendaire sorti au milieu des années 2000. Pendant deux décennies, je pensais que cette histoire s’était résumée à un simple moment de gêne vite oublié. Je me trompais lourdement.
Pourquoi SSX on Tour était-il un jeu si marquant sur PSP ?
Pour bien comprendre la gravité des faits, il faut remonter aux alentours de mes 6 ou 7 ans. C'était les vacances d’hiver, et mon oncle, grand joueur à ses heures perdues, avait emmené sa PSP pour s'occuper entre deux descentes. Son titre du moment n'était autre que SSX on Tour. Un épisode particulièrement culte pour la franchise d'EA Sports, puisque c'était la toute première fois de la série qu'on pouvait troquer le snowboard pour chausser des skis.
Pendant que mes petits cousins roupillaient sagement pour la sieste, mon oncle a eu la gentillesse de me prêter sa console. Mon objectif du jour était hyper simple : tuer le temps et balancer des tricks dans la poudreuse. Je ne captais pas totalement ce que je faisais au niveau des touches, mais le plaisir de voir mon skieur s'envoler dans les airs était total. Le problème, c'est qu'à cet âge-là, je ne savais pas encore lire correctement.
En voulant bidouiller dans les menus pour changer de personnage et passer du ski au snow, j'ai commencé à valider des messages sans trop réfléchir. Un clic de trop, une confirmation fatale et le drame est arrivé : j’ai purement et simplement écrasé la sauvegarde de mon oncle.
Comment une simple erreur d'enfant peut-elle ruiner des dizaines d'heures de jeu ?
Ce que je ne savais pas en appuyant machinalement sur la touche Croix de la console, c'est que cette sauvegarde représentait un investissement colossal. Mon oncle avait saigné le jeu. Il avait débloqué l'intégralité du casting de riders et poncé toutes les divisions Big Mountain. Pour faire simple, il frôlait le 100%.
Ne comprenant pas pourquoi tous les personnages déverrouillés avaient subitement disparu du menu de sélection, je suis allé voir mon oncle qui sortait tout juste de sa sieste. Je lui ai demandé naïvement ce qui se passait. C'est à la tête qu'il a tirée en prenant la console en main que j'ai compris la portée de mon crime.
Avec une gentillesse et une retenue qui m'impressionnent encore aujourd'hui, il m'a expliqué calmement que je venais de détruire tout son travail et qu'il allait devoir tout recommencer à zéro. Inutile de préciser que la PSP est restée sagement dans sa housse pendant tout le reste du séjour. Pour moi, l'histoire s'était arrêtée là, scellée par la culpabilité d'un gamin qui promettait de ne plus jamais toucher à ce qui ne lui appartenait pas.
Les effets à long terme d'une sauvegarde effacée sur un gamer
Il y a quelques semaines, au cours d'un repas chez mes grands-parents, cette fameuse anecdote a refait surface. Vingt ans plus tard, désormais adulte et journaliste, je repensais à ce souvenir d'enfance avec un brin d'amusement. J'ai donc relancé mon oncle sur le sujet pour rigoler un coup.
C'est là qu'il m'a fait cet aveu improbable : suite à mon erreur de l'époque, il n'a plus jamais relancé le jeu. Absolument plus jamais. La perspective de devoir se taper à nouveau des dizaines d'heures de progression pour tout débloquer une seconde fois l'avait complètement dégoûté du jeu. Ma bêtise, aussi involontaire soit-elle, avait tout simplement anéanti son amour pour le titre…