Après une phase d’accès anticipé particulièrement suivie, le studio allemand Keen Games franchit l’étape décisive du lancement officiel d’Enshrouded. Disposant d’un monde ouvert gigantesque en voxel pouvant être modifié, le titre entend bousculer les ténors du genre en associant l’exploration d’un jeu de survie à la souplesse d’un jeu de rôle d’action. Les nombreux ajouts faits fil des mises à jour laissent présager un résultat ambitieux. Voici notre avis sur la version 1.0.
Enshrouded, solution complète : tous nos guides, trucs et astuces
Un peu plus d’un mois après la sortie de Valheim 1.0, voici venu le tour d’’’Enshrouded 1.0 après une période d’accès anticipé significativement plus courte que son concurrent. Un autre détail intéressant est que ces deux titres semblent s’être mutuellement influencés, même s’ils proposent une expérience radicalement différente dans le genre survie en monde ouvert.

Allumer le feu
Enshrouded peut être considéré comme un jeu de fantasy post apocalyptique, après la libération d'un mal ancien sur le royaume d'Embervale, tous les humains sont morts ou corrompus par la brume. Cette nappe toxique s'est répandue dans les vallées, léchant le relief et transformant la faune, la flore et les survivants en créatures déchues et agressives, tout en faisant pousser des champignons qu'on vous déconseille de manger. En tant qu'élu de la flamme, votre job est de faire office d'ultime d'espoir d'une civilisation éteinte, tiré de son sommeil pour purifier la terre et rebâtir le monde en partant de zéro, ce qui implique de couper du bois, de miner et de progresser étape par étape.


L'exploration des lieux embrumés (Enshrouded) est assez particulière puisqu'elle fait un peu penser à un jeu de plongée avec un compte à rebours de quelques minutes avant une mort inévitable. Cela ajoute une solide dose de mystère et de tension à l'exploration, puisque le champ de vision est réduit et les monstres rôdent en prime.

C'est ce qui compense l'absence des habituelles jauges de survie comme la faim, la soif et la fatigue (par défaut). On peut d'ailleurs traiter le jeu comme un Action-RPG solo et coopératif. Précisons d'ailleurs que les options du monde permettent d'altérer fondamentalement l'expérience de jeu à ce niveau, en activant ou pas ces fonctionnalités et différents paramètres de difficulté, il y en a pour tout le monde.


La progression de l'histoire est relativement ouverte, mais elle est étroitement liée à la résurrection des survivants qui seront incorporés à votre base pour lui donner un air de village animé, ainsi qu'au renforcement de la flamme, ce qui permet de s'aventurer dans des zones où la brume est de plus en plus concentrée et mortelle jusqu'à atteindre le dernier boss. Avec ses centaines de quêtes et d'activités parallèles à effectuer en chemin ou à ignorer.

Un monde ouvert et malléable
Là où le jeu impressionne dès les premières heures, c'est par sa direction artistique séduisante et sa prise en main rapide. Les environnements flattent la rétine grâce à des éclairages travaillés et une patine visuelle colorée en-dehors de la brume. L'importante verticalité du monde prend tout son sens grâce à l'utilisation combinée du grappin et du planeur, débloqués lors des premières heures de jeu rendant les déplacements extrêmement dynamiques et gratifiants, du moment que vous tolérez les nombreuses morts accidentelles qui vous attendent suite à une chute malencontreuse.


C'est toutefois dans son rapport à la matière que le titre démontre sa plus grande force. Grâce à un moteur entièrement articulé autour des éléments volumétriques (les fameux Voxels), l'altération du décor s'effectue intuitivement : vous pouvez creuser des galeries pour passer au travers d'une montagne.


Si une des énigmes concoctées par les développeurs vous énerve, il suffit d'utiliser des explosifs et une pioche pour détruire un mur. Il est aussi possible de façonner le relief, et même d'y intégrer la gestion de l'eau pour réaliser des prouesses architecturales remarquables pour quiconque souhaite ériger un havre personnalisé. Il est même possible d'altérer radicalement le niveau des plans d'eau ou d'en créer de nouveaux. Créer une base sous-marine est même possible.

De son côté, l'ergonomie générale s'avère particulièrement soignée, même si les commandes plus subtiles de l'interface s'avèrent assez nombreuses, voire complexe. Et même ceux que la construction et le housing laissent de glace devraient apprécier des fonctionnalités telles que les coffres magiques interconnectés aux établis et le tri automatisé de l'inventaire, ce qui évite de passer à chaque fois par la corvée consistant à ranger et à organiser des centaines de matériaux et d'objets différents.


Contrairement à Valheim et à d'autres jeux de survie se reposant sur la génération procédurale, le monde d'Enshrouded est fixe, il a été entièrement conçu à la main et cela se voit, mais c'est à double tranchant. Il grouille de secrets, de passages secrets, de donjons et de vues à couper le souffle, mais en contrepartie, la rejouabilité en souffrira pour ceux qui souhaitent lancer une nouvelle partie. Ceci dit, ce n'est pas trop grave puisque sur le plan du contenu pur, la durée de vie s'avère colossale.

La version 1.0 n'est pas en manque à ce niveau, en plus du contenu déjà massif de l'accès anticipé, les nouveautés comprennent un nouveau biome volcanique surplombé d'îles flottantes impressionnantes, une faction d'automates ancestraux, un niveau maximal relevé à 50 et une multitude de donjons. Chaque biome dispose de ses particularités et de ses propres défis, comme la gestion du gel ou l'exploration aquatique.

Différents types de joueurs devraient y trouver leur compte, que vous soyez fans de construction, de la réalisation des quêtes des PNJ, ou simplement du combo exploration et combat. Prévoyez près d'une centaine d'heures pour finir Enshrouded une première fois en jouant normalement et multipliez ce chiffre si vous souhaitez tout explorer. Progresser demande parfois un peu trop de "grind", surtout en solo, mais cela peut être corrigé aisément via les options de la partie.


En revanche, ce qui est vraiment dommage est que ce monde ne soit pas persistant. Les changements effectués par le joueur, que cela soit la construction d'un pont, l'extraction d'un filon de minerai, le vidage d'un coffre ou l'élimination d'un boss ; tout ce qui n'est pas dans l'influence du nombre limité d'Autels de la flamme servant de délimitation à la base est réinitialisé automatiquement dans l'heure.

En plus d'être un peu décevant dans un jeu dont le concept est de reconquérir le monde, cela pousse à abuser de quelques bons plans à proximité plutôt que d'explorer le reste de la carte. C'est une décision technique compréhensible pour préserver la stabilité des serveurs, mais qui désenchante lorsqu'un tunnel patiemment excavé finit par se reboucher tout seul ou que les racines de brume réapparaissent après leur destruction. Si on y ajoute l'absence d'invasions de base ou d'événements aléatoires, cela rend la carte curieusement figée, ce qui vient doucher un peu le sentiment d'accomplissement.

Une progression toute en largeur
Pour affronter ce monde hostile, Enshrouded propose l'arsenal typique des RPG, avec des gains de niveaux et de l'équipement à trouver ou à fabriquer soi-même. Cependant, il n'y a pas de classe ici, mais plutôt un vaste arbre de talents circulaire, qui pourrait faire penser à celui de Path of Exile au premier abord.

Il s'avère cependant bien plus abordable et satisfaisant, les points ont un impact important sur le gameplay et on peut remplir rapidement plusieurs branches correspondant à autant d'archétypes de classes : tank, archer, barbare, mage, soigneur, etc. Il y a même quelques capacités dignes d'un Metroidvania, qui s'avèrent presque incontournables comme le Double saut.


Les mécanismes des combats sont assez classiques, gestion du mana et de l'endurance, attaque, blocage, esquive, parade et quelques attaques spéciales à débloquer via les talents comme une attaque sautée. Les lanceurs de sorts dépendent surtout des baguettes au départ, puis de bâtons et d'un répertoire de sorts tout aussi classique, présentés sous la forme de consommables coûteux avant d'avoir mis la main sur leur version éternelle.


C'est très prenant lors des premières heures de jeu, surtout quand le grappin rejoint votre arsenal offensif, mais on en a aussi vite fait le tour. Les ennemis deviennent plus nombreux, variés et dangereux au fil de la progression, mais on a la désagréable impression de toujours jouer de la même manière du début à la fin de l'aventure, sans vraiment avoir eu besoin d'affiner sa maîtrise du gameplay en prime, si ce n'est celle du planeur. On saluera tout de même le fait que de nombreux ennemis sachent sauter sur les obstacles pour vous choper lorsque vous tentez de faire le malin en abusant des limites de l'IA.

Un avenir encore un peu brumeux
Les développeurs se sont avérés très réceptifs et réactifs vis-à-vis des retours de la communauté lors du développement d'Enshrouded, mais cette version 1.0 est loin d'être parfaite pour autant. En plus des combats et du monde figé que nous avons déjà mentionnés, ajoutons à la liste un second boss majeur toujours pénible, les gemmes ne représentant pas un grand intérêt et le système de furtivité sous exploité. La pêche qui devient indispensable vers la fin de l'aventure est s'avère horriblement rébarbative même selon les standards douteux de ce type de mini jeu pénible.


On peut aussi déplorer différents problèmes rencontrés dans la version de test d'Enshrouded 1.0, quelques semaines avant la sortie officielle. À savoir, des plantages très fréquents du jeu, pas mal de bugs ainsi que des erreurs grossière et des absences de localisation en langue française. On peut espérer que cela sera corrigé prochainement, voire lors de la sortie officielle.

Un élément du titre que nous n'avons pas pu tester pleinement est l'aspect communautaire. En plus des cartes et des constructions des joueurs, les développeurs prévoient aussi des échanges de donjons piégés et de combats conçus par ces derniers à partir de la mise à jour 1.0. Cela sera à surveiller, si vous envisagez de jouer au long terme à Enshrouded.

Conclusion
Points forts
- De jolis graphismes et une direction artistique agréable
- Un gameplay dynamique enrichi par le grappin et le planeur
- Le terrain et même l'eau peuvent être modelés
- De riches possibilités de construction et de housing
- Une excellente durée de vie, même en se concentrant sur une seule facette du jeu
- Le confort de vie dans la gestion et la fabrication
- Les secrets cachés un peu partout
Points faibles
- Des combats un peu trop simples et répétitifs mécaniquement
- Le monde ouvert statique qui se réinitialise trop vite en dehors des bases
- La pêche qui est pénible plutôt que fun
- Pas mal de bugs et de plantages
- Les traductions françaises absentes ou de mauvaise qualité
- Les énigmes répétitives des donjons
Note de la rédaction
Sans réinventer la formule du jeu de survie, Enshrouded s'avère être le titre qui nous a le plus marqué dans le genre, malgré une concurrence féroce. C'est beau, ouvert et riche, avec un contenu varié à découvrir seul ou entre amis. Si les combats manquent encore d'un peu de profondeur et que le monde en voxel montre ses limites, les possibilités offertes par le système de construction, mais aussi de destruction, compensent largement. Cela en fait le titre parfait pour les fans de RPG souhaitant s'initier à un autre genre sans trop se dépayser.