Vandalisme et dégradations : le Boulevard Voltaire, bastion du jeu vidéo à Paris, durement frappé lors des manifestations du 17 octobre

Titre original : Le jeu vidéo frappé en plein cœur en marge des manifestations du 17 octobre : le Boulevard Voltaire, lieu sacré du jeu physique, menacé

En marge des manifestations du 17 octobre, le monde du jeu vidéo a été frappé de plein fouet par des actes de vandalisme organisés par des groupes de casseurs. Ciblant des boutiques de jeux vidéo indépendantes et spécialisées dans le rétrogaming ou, plus largement, dans la pop-culture, ces pillages fragilisent encore plus ces établissements, déjà heurtés par les mutations du secteur. Pour certains, les préjudices sont tels qu’il semble quasiment impossible de se relever.

Le Boulevard Voltaire, un lieu sacré du jeu vidéo vandalisé par des casseurs

Le 17 octobre restera dans les mémoires. Un peu partout en France, lycéens, étudiants, syndicats et citoyens défilaient dans les rues pour faire entendre leur voix sur le sujet de l’éducation et des droits de la jeunesse, du pouvoir d’achat et de la lutte contre la vie chère.

En parallèle de cette mobilisation, certains groupes de casseurs se sont illustrés en ciblant de nombreuses boutiques, dont certaines dédiées au jeu vidéo et, plus généralement, à la culture geek. Parmi les établissements pris pour cible, on retrouve des noms comme Sat Elite, Hobby One, Manga Story ou encore One Repar, tous situés sur le boulevard Voltaire dans le onzième arrondissement de Paris. Et ce n’est pas tout, à Nice ou encore Marseille, les boutiques spécialisées du secteur ont été aussi frappées.

Le jeu vidéo frappé en plein cœur en marge des manifestations du 17 octobre : le Boulevard Voltaire, lieu sacré du jeu physique, menacé

Boulevard Voltaire, le sanctuaire des jeux vidéo à Paris

Durant la seconde moitié des années 90 et les années 2000, cet emplacement devient une mine d’or pour les amateurs de jeux vidéo, ainsi que le quartier prédominant en la matière, prenant en quelque sorte le relais de Jussieu, dans le cinquième arrondissement de Paris. Au-delà de la simple vente de jeux vidéo, les services proposés par ces boutiques balaient un large spectre dans le domaine du jeu vidéo. On y trouve de l’importation, on y revend ses jeux, on y déniche des consoles qui n’ont pas foulé le sol européen, etc.

Pour les passionnés et autres collectionneurs, ces lieux sont plus que de simples établissements liés au jeu vidéo et sont emplis de souvenirs. Depuis, ils ont parfois changé de nom, tandis que certains ont malheureusement mis la clé sous la porte. En juin 2025, on apprenait la fermeture de la boutique Rétrogameplay. En mars 2026, c’est au tour de la boutique Full 7 d’annoncer que le rideau de fer ne se relèvera plus.

Malgré les tentatives de reconversion pour s’adapter au marché — certaines ont sauté le pas des figurines, des goodies, des mangas ou même des cartes à collectionner —, plusieurs facteurs économiques, technologiques et logistiques les ont heurtées de plein fouet : l’essor du dématérialisé, les faibles marges sur les ventes de jeux neufs, la concurrence ultra-agressive de la grande distribution, du commerce en ligne (Amazon en tête) et des plateformes de revente (Vinted, Leboncoin, eBay…) ou encore l’envolée des charges liées à l’emplacement des boutiques. Et puis, en juillet dernier, Sony a enfoncé le clou avec l’annonce de l’arrêt de la production des jeux physiques à partir de janvier 2028.

Extrêmement fragilisés pour toutes ces raisons, ces établissements situés dans l’épicentre des manifestations ont, comme on l’a dit, fait les frais de casseurs et autres vandales. Les vidéos de ces scènes de pillages ont fait le tour des réseaux sociaux et, pour les gérants, plongés dans une détresse totale, l’avenir paraît plus qu’incertain tant les préjudices sont immenses.


Boutiques rétrogaming, magasins indépendants, QG de Vitality… Les casseurs s’en prennent aussi au jeu vidéo

« L’histoire s’arrête là. » Voilà le terrible constat rapporté par Laurent, gérant de l’établissement Manga Story situé au 13 boulevard Voltaire, auprès de nos confrères du Parisien. Après 30 ans à faire vivre ces lieux, ces dégradations et ces individus qui lui « ont tout pris » ont très certainement condamné son activité.

Sur le trottoir, des cartes, des emballages et des boîtes de jeux sont éparpillés. À l’adresse d’à côté, celle de la boutique Sat Elite, le constat est tout aussi dramatique. L’un des employés s’est confié à la rédaction du Parisien, évoquant « des dizaines, voire centaines d’individus » ayant « fait des allers-retours de 18h à 22h (le samedi 17). »

Pour eux, c’est comme un coup de poignard en plein cœur de leur passion et des pertes inestimables qu’ils auront beaucoup de mal à retrouver. Bien que les chiffres liés aux vols ne soient pas encore connus, les estimations atteignent des montants de plusieurs centaines de milliers d’euros, si ce n'est un demi-million.

Dans un contexte où la mutation du jeu vidéo pèse énormément sur ces lieux prisés des amateurs de pop-culture et de rétrogaming, la menace d’une désertification plane, même si certains magasins, heureusement épargnés par ces actes de vandalisme et nichés dans des rues annexes, sont encore préservés. Aussi, la myriade de vidéos postées sur les réseaux sociaux a démontré que la situation ne touchait pas seulement cette artère parisienne réputée.

Du côté des quartiers généraux de Vitality, boulevard Sébastopol, l’un des plus gros clubs d’esport français, du matériel informatique et des trophées ont été dérobés par des casseurs qui ont forcé et brisé la vitrine du V.Hive, lieu qui concentre magasin, cybercafé et lieu de travail de certains employés de la structure esportive. Sur leur compte X officiel, Vitality rassure en expliquant « qu’aucun membre de notre staff ni aucun fan n’a été blessé » lors des agissements des pilleurs en parallèle des manifestations.

Face à ces scènes désolantes, les témoignages affluent et de nombreuses personnes leur ont apporté leur soutien, comme c’est le cas de Pierre Collin. À Nice, ce gérant d’un magasin Micromania a été agressé et ciblé par des projectiles tandis qu’il essayait de protéger sa boutique et d’empêcher les casseurs de piller ses stocks. Ce dernier a d’ailleurs posté une vidéo, pour adresser un message de remerciements que vous pouvez retrouver ci-dessus. En complément des messages de solidarité et de l’aide fournie par les riverains, une cagnotte Leetchi a été ouverte pour « sauver Sat Elite ».

Tant sur le plan social que pour la culture vidéoludique et populaire, les événements de ce week-end sont dramatiques. Au nom de la rédaction de jeuxvideo.com, nous apportons tout notre soutien aux personnes touchées, ainsi qu'à celles et ceux qui se sont mobilisés pour faire valoir leurs droits.